Libreville, le 6 décembre 2025 – Depuis le 1er décembre, un drame s’est abattu sur la communauté éducative gabonaise comme un voile de deuil jeté en plein jour. Alexandre Nguema Bibang, enseignant d’histoire et de géographie âgé de 61 ans, s’est effondré en pleine salle de classe au Lycée Paul Indjendjet Gondjout, craie encore levée comme un dernier salut à la Nation. Mais plus glaçant que la mort elle-même, c’est le silence de marbre du Ministère de l’Éducation nationale et, au-delà, du gouvernement. Cinq jours se sont écoulés, et l’État n’a soufflé ni mot, ni souffle, ni geste vers la famille meurtrie ou vers les enseignants bouleversés.
Voilà cinq jours qu’un professeur est tombé « les armes à la main », comme un soldat du savoir frappé sur son champ de bataille. Mais en retour, aucun drapeau en berne, aucune parole consolatrice, seulement un mutisme institutionnel qui sonne comme un abandon. Un drame aurait dû appeler une réaction ; il a au contraire provoqué une fuite. Une réaction rapide, humaine, chaleureuse. Ce qui est venu, c’est un vide assourdissant.
Dans ce contexte lourd comme un ciel d’orage, une attitude choque davantage : celle du ministre intérimaire de l’Éducation nationale, Simplice Désiré Mamboula vis-à-vis du départ héroïque d’Alexandre Nguema Bibang. Son silence n’est pas seulement une absence ; il est devenu une véritable présence, une présence froide, pesante, presque arrogante. Alors que l’on attendait une parole de réconfort ou un simple déplacement pour témoigner, il n’a offert qu’un mutisme glacial, comme si la mort d’un éducateur n’était qu’un détail administratif indigne d’un regard ministériel. Son absence de réaction a laissé l’impression d’une responsabilité esquivée, d’un devoir volontairement laissé au bord du chemin.
Alors que l’émotion nationale grandissait, que les appels au soutien se multipliaient, rien n’est venu. Ni communiqué, ni condoléances, ni visite. Rien. Une posture que beaucoup perçoivent comme une abdication morale, une manière de dire sans le dire que l’engagement d’un enseignant de 33 ans n’a pas suffisamment de poids pour forcer la parole d’un ministre. Ce refus implicite d’assumer la charge symbolique de son poste est vécu comme une gifle par toute une profession déjà fragilisée.
La semaine dernière encore, un Conseil des Ministres s’est tenu. On y a parlé budgets, chiffres, pourcentages. Mais pas un mot pour cet homme qui, pendant plus de trois décennies, a été un pilier du savoir. Pas une phrase, pas une image, pas une reconnaissance. Comme si les serviteurs de l’État devenaient invisibles au moment même où ils tombent.
La communauté éducative ne réclame ni faveur ni charité, seulement la décence : que la responsabilité s’exprime, que le mérite soit reconnu, et que l’État se souvienne qu’il doit d’abord protéger, comprendre et accompagner. La veuve, les enfants et les collègues de Nguema Bibang Alexandre ne demandent qu’un signe, celui montrant que leur douleur n’est pas un bruit de fond. Il est temps pour l’État de sortir de sa tour d’ivoire et de laisser battre son cœur au rythme de ceux qu’il prétend servir.












































