Selon Africa Intelligence, « les programmes du FMI sont désormais hypothéqués par le déficit public gabonais », un déséquilibre qui secoue les fondations financières de la zone du franc CFA. Avec une dette atteignant 80 % du PIB, au-dessus du seuil communautaire de 70 %, le Gabon projette une ombre inquiétante sur les économies du Tchad et de la Centrafrique, toutes deux sous assistance du Fonds monétaire international.
Aux assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Washington, l’absence remarquée du ministre gabonais des Finances, Henri-Claude Oyima, a tendu les discussions. Africa Intelligence souligne que « son refus de se rendre aux réunions a suscité l’irritation de ses homologues », certains dénonçant une attitude incompatible avec les exigences de la Cemac. Le ministre tchadien Tahir Hamid Nguilin a même rappelé l’incompatibilité entre le poste de PDG de BGFIBank et la fonction ministérielle, déjà relevée dans une note de la BEAC.
Les retombées de cette situation se font déjà sentir. Le Tchad, engagé dans une facilité élargie de crédit de 625 millions de dollars, voit désormais son deuxième décaissement menacé. Africa Intelligence précise que « le FMI envisage d’interrompre ce financement en raison de la dégradation des comptes gabonais ». La Centrafrique pourrait également en payer le prix : un décaissement prévu de 20 millions de dollars a été repoussé à février 2026, la structure des prix des carburants n’ayant pas été révisée.
Le risque d’effet domino est réel : un refus du FMI pourrait alourdir la charge de 10 millions d’euros pour Bangui, déjà dépendante d’un appui de l’AFD dont la seconde tranche reste conditionnée à l’aval du Fonds.
Cette fragilité renvoie à 2016, lorsque la Cemac avait dû pactiser avec le FMI autour du “Pref-Cemac”, une assurance collective imposant discipline budgétaire, limitation de la dette et rigueur dans la gestion des devises. Or, Africa Intelligence note que « la politique de grands travaux du Gabon a fait fondre les réserves de change de la zone ». Le pays est désormais le seul à afficher un déficit net en devises, atteignant 150 milliards de FCFA, aggravé par le rachat anticipé de son eurobond en 2025.
Malgré la tempête, Libreville maintient le cap. Le budget 2026, fixé à 7 233 milliards de FCFA, bondit de 72 %, soutenu par une hausse attendue des recettes fiscales et par le recours à des financements privés. Pour renforcer sa crédibilité, le chef de l’État a accueilli en novembre le directeur Afrique du FMI, Abebe Aemro Selassie, misant sur les revenus pétroliers de fin 2025 pour réamorcer le dialogue.
Ailleurs dans la zone, le Congo espère reconstituer ses réserves grâce à un eurobond de 605 millions de dollars, tandis que le Cameroun reste le pilier de stabilité, représentant la moitié des réserves en devises de la Cemac. Toutefois, un éventuel programme FMI à Yaoundé se heurte à la résistance du secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, inquiet des exigences de transparence, notamment sur les chapitres budgétaires 65 et 94, décrits par Africa Intelligence comme « des lignes stratégiques au fonctionnement opaque ».
Paul Biya a esquissé un début de réforme pour 2026, prévoyant la transformation de ces chapitres en « dotations pour dépenses accidentelles et imprévisibles », limitées à 10 % du budget hors dette. Mais rien ne garantit encore l’adhésion du pouvoir exécutif à un programme FMI complet.


























