Sur l’axe routier reliant Libreville à Lambaréné, un phénomène persistant continue d’alimenter l’exaspération de nombreux usagers. Il jette une ombre sur les efforts affichés par les autorités en matière de gouvernance. Malgré les rappels à l’ordre, les campagnes de sensibilisation et les fermes instructions, le racket tient bon. Pourtant, il semble résister au temps et aux réformes, au point d’apparaître comme une pratique presque institutionnalisée.
De nombreux automobilistes, chauffeurs de taxi, transporteurs de marchandises et voyageurs témoignent régulièrement. Ils rapportent être confrontés à des sollicitations financières informelles lors de leurs déplacements. Ces trajets relient la capitale gabonaise au chef-lieu de la province du Moyen-Ogooué. Ainsi, la route concentre toutes les frustrations des voyageurs. En outre, chacun de ces témoignages décrit le même scénario, qui revient sur plusieurs postes de contrôle.
Des «encouragements» et des «cafés»
Sous des prétextes variés, certains agents exigeraient de petites sommes d’argent. Parfois, les formulations paraissent anodines. Les usagers assimilent souvent ces sommes à des «encouragements» ou à des «cafés». D’autres y voient une manière de «saluer le képi». Ainsi, le geste se glisse dans la routine, sans bruit et sans reçu. Cependant, la facture, elle, finit toujours par atterrir dans la poche des simples voyageurs.
Cette terminologie masque difficilement une réalité. Les usagers de la route dénoncent cette réalité depuis plusieurs années. Les mots changent, mais le prélèvement demeure. Un euphémisme reste un euphémisme, même sous le képi. Pour les victimes, chaque «petit geste» a pourtant le goût d’un rançonnement. Voilà pourquoi la lassitude grandit sur cet axe, au rythme des postes de contrôle franchis. Le silence aggrave le mal.
Une contradiction flagrante avec le discours officiel
Cette situation soulève d’autant plus d’interrogations que les nouvelles autorités affichent leurs priorités. Elles ont placé la restauration de l’État au rang des priorités nationales. Le respect de l’éthique administrative figure aussi en bonne place. L’amélioration du climat des affaires complète la liste. Or, pour de nombreux citoyens, ces pratiques constituent une contradiction flagrante avec le discours officiel. Le fossé entre paroles et actes grandit.
Comment promouvoir la libre circulation des personnes et des biens lorsque certains déplacements subissent encore des prélèvements non réglementaires? Comment attirer davantage d’investissements, lorsque le transport routier garde des coûts informels? Ces coûts alourdissent les charges des opérateurs. Ils fragilisent aussi la confiance des acteurs économiques. Par conséquent, les citoyens posent des questions légitimes. Les réponses des autorités se font toujours attendre sur le terrain.
Un véritable frein économique
Au-delà du simple désagrément, le racket routier représente un véritable frein économique. Les sommes que les agents collectent officieusement paraissent modestes individuellement. Pourtant, elles finissent par peser sur les coûts de transport. Elles se répercutent ensuite indirectement sur le prix des biens et services. À terme, les consommateurs en supportent les conséquences. Ainsi, chaque petite somme devient une addition collective. Le vase finit par déborder.
Plus préoccupant encore, la persistance de ces pratiques nourrit un sentiment d’impunité. Elle fragilise la confiance entre les citoyens et les forces chargées de faire respecter la loi. Pour de nombreux observateurs, le problème ne réside plus dans l’absence de directives. Il touche l’effectivité de leur application sur le terrain. Les annonces de tolérance zéro perdent en crédibilité. Car les usagers observent quotidiennement ces comportements.
Quand l’anormal se banalise
Sur certains tronçons, les conducteurs affirment désormais intégrer ces dépenses imprévues dans leur budget de voyage. Ils les rangent au même titre que le carburant ou l’entretien du véhicule. La situation paraît paradoxale, car elle a fini par banaliser l’anormal. Pourtant, dans un État de droit moderne, un poste de contrôle devrait garantir la sécurité des usagers. Il devrait aussi garantir le respect des réglementations.
Face à ce phénomène récurrent, de nombreux citoyens appellent à un renforcement des mécanismes de contrôle interne. Ils réclament des sanctions exemplaires contre les auteurs d’abus. Ils veulent aussi une surveillance accrue des axes routiers stratégiques. Car tant que le racket prospère en marge des routes nationales, il symbolisera un combat inachevé. Entre Libreville et Lambaréné, la loi doit s’appliquer avec rigueur, sans aucune exception.








































