Sous le nom de Claude Armuna, Claude Emmanuel Dong Ebal a présenté son exposition « Le Luminaire Acte », le dimanche 9 février 2026, à Alibadeng. Gabon Mail Infos, présent lors de cet événement dans le 1er arrondissement de Libreville, a recueilli les confidences de l’artiste. Son parcours, entre dessin d’enfance et abstraction spirituelle, éclaire un choix artistique assumé.
Tout commence par l’observation. Enfant, Claude Emmanuel Dong Ebal regardait son oncle dessiner pendant des heures. Il mémorisait chaque trait, chaque mouvement, avant de les reproduire devant ses camarades d’école. « Je reproduisais textuellement ce qu’il avait fait », confie l’artiste, aujourd’hui connu sous le nom de Claude Armuna. Ce nom naît d’un jeu de lettres entre « art » et son prénom Emmanuel. D’abord, il explore le cartoon, puis le manga, ensuite la caricature pendant trois ans. Vers 2018, sa trajectoire bascule totalement. La lecture de Wassily Kandinsky bouleverse alors sa vision du dessin. Désormais, il abandonne le réalisme pour l’abstraction, un langage qu’il juge nettement plus spirituel et personnel.
Fin 2023, lassé du format papier, il se tourne vers la toile. Toutefois, cette transition s’avère plus complexe que prévu. « La transition entre le papier et le canvas est un peu plus difficile », explique-t-il. Les temps de séchage imposent une nouvelle patience. Par ailleurs, une bourse coupée en 2024 lui offre paradoxalement davantage de temps libre. Il en profite alors pour se professionnaliser sérieusement et pour affiner un style assumé, sans jamais craindre l’erreur créative.

« Le Luminaire Acte », une exposition immersive et symbolique
Son exposition, intitulée Au-delà du voile, s’inscrit dans un dispositif nommé « Le Luminaire Acte ». Cette scénographie met en scène tout le processus créatif. Ainsi, féminité, spiritualité et psychologie s’y entremêlent. Parmi les toiles présentées, La Dame aux mille rêves occupe une place particulière. L’œuvre représente une femme tenant de l’or, symbole de tout ce qu’elle pourrait accomplir. « Le voile vient être ce qui l’empêche de montrer tout ce qu’elle peut faire », précise Claude Armuna. Pour composer ses toiles, il mêle volontiers huile, acrylique, pastel, charbon et même du sable brut. Il glisse aussi des symboles kabbalistiques et bantous, savamment dissimulés autour de chaque œuvre exposée.
Entre tradition et spiritualité, l’empreinte du Gabon
Grandir entre village et ville a façonné son regard. « Puisqu’on ne dit pas, je vais chercher de moi-même », résume l’artiste. Les rites, les sages et les initiations traditionnelles côtoient, chez lui, la pratique dominicale de l’église. Cette double appartenance nourrit désormais chacune de ses compositions, volontairement codées et difficiles à percer facilement. Le public du vernissage, d’ailleurs, s’est dit bluffé par cette mise en scène immersive.
Un marché de l’art gabonais encore à construire
Néanmoins, les défis persistent pour les jeunes créateurs du pays. Selon lui, l’art reste peu valorisé comparé à des pays voisins comme la Côte d’Ivoire ou le Ghana. « On a des talents, mais parfois il faut faire les choses par nous-mêmes », insiste-t-il. Son ambition demeure claire : s’imposer sur le marché international d’ici cinq ans. Il souhaite ainsi porter haut ce qu’il appelle le « conceptuel africain ». Un héritage gabonais tourné vers un regard résolument universel, sans jamais renier ses racines spirituelles.










































