Le 1er juillet 2026, le Gouvernement gabonais a proclamé l’état d’urgence hydrique sur tout le territoire. Mais ce texte suscite déjà une vive controverse nationale et internationale. Pour le juriste Ali Akbar Onanga Y’Obegue, ce communiqué révèle « un aveu d’une portée considérable ». Selon lui, l’État gabonais reconnaît publiquement son incapacité à assurer normalement un service public essentiel à la population.
D’abord, les autorités ont dénoncé un marché parallèle de distribution. Ensuite, elles ont annoncé perquisitions et saisies contre les vendeurs informels. Toutefois, l’universitaire souligne une contradiction frappante. L’État gabonais interdit aux particuliers ce qu’il « s’autorise à lui-même ». Ainsi, il fixe désormais ses propres tarifs. Par conséquent, l’activité dénoncée ne disparaît pas ; elle « change simplement de mains ».
Un rétropédalage en quarante-huit heures
Le 2 juillet, coup de théâtre. Le président reçoit les vendeurs informels critiqués la veille. Puis, le tarif grimpe de 3 000 à 4 000 francs CFA. Cette hausse dépasse 33 % en deux jours seulement. De plus, les opérateurs privés sont réintégrés dans le dispositif officiel. Pour Onanga Y’Obegue, ces communiqués « qui s’annulent les uns les autres » trahissent une improvisation totale. Aucune étude préalable n’aurait précédé cette décision présentée comme grave.
Des questions sur la traçabilité des fonds
Par ailleurs, l’auteur interroge sérieusement la gestion financière globale de ce dispositif exceptionnel. Il demande quel comptable public encaissera précisément ces sommes perçues quotidiennement en espèces par l’État gabonais. De même, il s’interroge sur le rôle des forces de sécurité désormais chargées de vendre l’eau. Cette mission, rappelle-t-il, reste normalement civile et non militaire. Or, la Garde républicaine et le Génie militaire participent maintenant activement à cette distribution inhabituelle.
Un droit constitutionnel à géométrie variable
En outre, le texte invoque l’article 37 de la Constitution garantissant l’accès à l’eau. Cependant, cet article n’est cité que pour sanctionner les citoyens. Il n’est jamais mobilisé pour interroger la responsabilité étatique. Ainsi, des quartiers entiers du Grand Libreville manquent d’eau depuis des années. Cette carence constitue, selon l’auteur, « la première et la plus grave violation » du droit constitutionnel.
La responsabilité d’un conseil présidentiel défaillant
Enfin, Onanga Y’Obegue pointe un entourage présidentiel jugé sérieusement défaillant sur ce dossier précis. Un chef d’État, rappelle-t-il, « ne rédige pas lui-même une mercuriale ». Ces décisions procèdent de conseillers techniques chargés d’anticiper sérieusement les conséquences sociales et économiques. Or, cet entourage aurait failli gravement sur ce dossier particulièrement sensible. Cette défaillance rappelle également l’épisode révélateur de mars 2026 concernant la fameuse « poussée d’Archimède ». Dans les deux cas, le président aurait payé seul le prix politique d’un conseil manifestement insuffisant.
Une crise institutionnelle plus que hydrique
Finalement, l’auteur estime que l’urgence réelle demeure institutionnelle plutôt que purement hydrique au point où l’Etat devient marchand de l’eau. Un État, conclut-il, ne prospère pas durablement sous un régime d’urgence permanente et rectifiée à la petite semaine. La confiance publique exige plutôt prévisibilité, transparence budgétaire et compétence administrative durable pour l’ensemble des citoyens gabonais concernés.



































