Le premier ministre Mark Carney a officiellement annoncé la création du Fonds pour un Canada fort, une initiative sans précédent dans l’histoire économique du pays. Ce fonds souverain vise à financer de grands projets nationaux en partenariat avec le secteur privé, tout en permettant aux citoyens ordinaires d’y investir directement.
L’annonce a été faite au Musée des sciences et de la technologie d’Ottawa, entourée de locomotives du Canadien National et du Canadien Pacifique, une mise en scène symbolique rappelant la construction du chemin de fer transcontinental.
Énergie, mines, agriculture et technologie au cœur des priorités
Le fonds ciblera plusieurs secteurs stratégiques : l’énergie, les infrastructures, les mines, l’agriculture et les technologies. Il soutiendra notamment des projets désignés d’intérêt national par le Bureau des grands projets, comme le terminal de Contrecoeur ou la centrale nucléaire de Darlington en Ontario.
Selon Carney, l’effet structurant du fonds sera comparable à celui du chemin de fer du Canadien Pacifique au XIXe siècle. Ottawa injectera une dotation initiale de 25 milliards de dollars sur trois ans, dont les détails financiers seront précisés lors de la mise à jour économique.
Les Canadiens pourront investir comme des actionnaires
Ce qui distingue ce fonds des modèles traditionnels, c’est son accessibilité. Contrairement aux fonds souverains classiques réservés aux États ou aux grands investisseurs institutionnels, les particuliers canadiens pourront y contribuer directement aux côtés d’entreprises privées et d’investisseurs étrangers.
Le ministre des Finances François-Philippe Champagne a précisé que des critères simples et accessibles du Fonds Canada seront développés avec des experts du domaine. Les rendements promis seront équivalents à ceux du secteur privé, bien que les modalités exactes restent à définir.
Le fonds sera géré par une nouvelle entité d’État indépendante, relevant du ministre des Finances, avec obligation de transparence en temps réel sur ses investissements.
Une initiative financée par le déficit, selon des experts
Des économistes soulèvent des questions légitimes quant au financement de ce fonds. Le professeur et fiscaliste Luc Godbout rappelle qu’un véritable fonds souverain est généralement alimenté par des recettes dédiées, comme les revenus pétroliers qui financent le fonds norvégien depuis des décennies.
Or, le gouvernement canadien étant déficitaire, l’enveloppe de 25 milliards sera issue des finances publiques. La dette n’est pas alourdie à proprement parler, nuance Godbout, puisqu’un actif équivalent à la somme empruntée est créé en contrepartie.
L’opposition dénonce un pari sur le dos des contribuables
Le chef conservateur Pierre Poilievre critique vivement l’initiative. Il souligne que les grands fonds souverains mondiaux, Norvège, Singapour, Arabie saoudite, ont été constitués à partir de surplus budgétaires, une réalité absente du contexte canadien actuel.
Poilievre accuse le premier ministre de vouloir concentrer la richesse entre les mains du gouvernement pour favoriser de grandes entreprises bien connectées, plutôt que de réduire la fiscalité des entreprises canadiennes.
Des déficits en légère baisse malgré tout
En marge de cette annonce, Radio-Canada révèle que la mise à jour économique présentera des prévisions de déficit inférieures à celles annoncées dans le dernier budget. Le déficit pour 2025-2026 avait été estimé à 78,3 milliards de dollars, celui de 2026-2027 à 65,4 milliards. Une légère amélioration sur le Fonds Canada est attendue, portée par des recettes fédérales plus élevées qu’anticipé.
L’équilibre du budget opérationnel demeure prévu pour 2028-2029, conformément aux engagements du gouvernement Carney.
Sources : Radio-Canada, conférence de presse du premier ministre, déclarations de François-Philippe Champagne et Pierre Poilievre.


























