À Mbigou, la nuit n’est pas seulement un moment de la journée : c’est une condition permanente. Depuis près de vingt ans, l’éclairage public n’est plus qu’un souvenir, un vestige d’un temps où les rues espéraient encore briller. Aujourd’hui, les poteaux électriques jalonnent les quartiers comme des monuments silencieux d’un service public en panne.
Des secteurs de Ledoume à Mouguembé, de Lepakou au centre commercial, jusqu’aux hauteurs de Mbigou et à Bas-Boumi, le constat est uniforme : les infrastructures existent, mais la lumière, elle, ne vient jamais selon que nous rapporte nos confrères de Malebe FM. Même les abords de la mairie et de la gendarmerie, lieux symboliques de l’autorité, se fondent chaque soir dans une obscurité totale. Une situation qui interroge autant qu’elle exaspère.
À qui incombe cette défaillance prolongée ? La question revient régulièrement dans les conversations, sans jamais trouver de réponse claire. Entre responsabilités institutionnelles floues, absence de maintenance et manque de coordination, l’éclairage public semble être tombé dans un angle mort administratif. Les habitants, eux, n’ont d’autre choix que de s’adapter.
Car à Mbigou, la nuit transforme tout. Les routes déjà abîmées deviennent des pièges invisibles. Les caniveaux se devinent plus qu’ils ne se voient. Se déplacer relève parfois de l’exercice physique, parfois de la prise de risque. Les plus optimistes y trouvent matière à humour, évoquant une ville où l’obscurité offre une discrétion « naturelle ». Mais derrière ces traits d’esprit se cache une réalité plus lourde : l’insécurité, les accidents et l’immobilisme.
L’absence d’éclairage public n’est pas qu’un inconfort. Elle freine l’activité économique, limite les déplacements, accentue le sentiment d’abandon et fragilise la cohésion sociale. Une ville plongée dans le noir est une ville qui se replie, qui renonce peu à peu à son dynamisme.
Mbigou ne demande pas un miracle, seulement le rétablissement d’un service essentiel. Après deux décennies d’attente, la lumière n’est plus un symbole de modernité : c’est une nécessité vitale. Reste à savoir quand et surtout si quelqu’un décidera enfin d’appuyer sur l’interrupteur.


























