C’est une charge politique d’une rare intensité. Michel Ongoundou Loundah, ancien sénateur de la Transition et président du parti RÉAGIR, a publié une tribune acérée dans laquelle il démonte méthodiquement ce qu’il qualifie de « gouvernance par le brouillard » sous la Vème République gabonaise. Un texte sans concession, nourri de références historiques et d’aphorismes populaires, qui prend à revers les autorités de la transition sur leur gestion des priorités nationales.
Une stratégie de diversion érigée en méthode de gouvernement
Pour Michel Ongoundou Loundah, la méthode est lisible et délibérée. Convoquant le célèbre « théorème de Charles Pasqua », selon lequel il faut « susciter une affaire dans l’affaire jusqu’à ce que personne n’y comprenne plus rien », l’ancien sénateur établit un parallèle saisissant avec la gouvernance actuelle du régime UDB-PDG-CTRI. Selon lui, chaque ordonnance controversée en appelle une autre, chaque polémique en prépare une suivante, dans une mécanique dont l’effet principal est de détourner l’attention des urgences vitales du pays.
Déguerpis, eau, électricité : les crises sociales reléguées au second plan
Le président de RÉAGIR dresse un tableau social alarmant que les turbulences politiques viendraient volontairement masquer. « Pendant que les déguerpis de juin 2025 continuent de dormir à la belle étoile dans un pays que l’on dit riche ; pendant que la population subit un stress hydrique d’une ampleur inédite ; pendant que l’accès à l’électricité devient si aléatoire que certains évoquent un retour à des formes d’éclairage d’un autre âge », écrit-il, le gouvernement choisit d’ouvrir des fronts politiques explosifs. Des ordonnances sur le Code de la nationalité et sur les réseaux sociaux auraient ainsi, selon lui, fracturé davantage une société déjà sous haute tension.
Les « nouveaux vertueux » épinglés pour leur retournement idéologique
Michel Ongoundou Loundah réserve une charge particulièrement acérée à ceux qu’il nomme les « nouveaux vertueux » : ces anciens opposants au régime Bongo qui légitiment aujourd’hui les mêmes dérives qu’ils dénonçaient hier. « Hier, ils criaient à l’arbitraire. Aujourd’hui, ils expliquent la nécessité. Hier, ils invoquaient les libertés. Aujourd’hui, ils invoquent les circonstances », écrit-il, avant de conclure avec une ironie mordante que « la constance n’est plus une vertu, mais une option ». Un portrait au vitriol qui désigne, sans les nommer, plusieurs figures reconnaissables du paysage politique gabonais contemporain.
« Le Gabon brûle » : un avertissement existentiel lancé au régime
Le ton se fait plus grave encore dans la conclusion du texte. Mobilisant un proverbe local, « Quand la case brûle, ce n’est pas le moment de discuter de la couleur de la fumée », Michel Ongoundou Loundah formule un avertissement solennel : « Le Gabon brûle. Lentement, mais sûrement. » Rappelant que le peuple gabonais « commence à comprendre la mascarade » du 30 août 2023, il appelle à une gouvernance tournée vers les besoins réels des citoyens, fondée sur « une parole publique qui rassemble plutôt qu’elle ne divise, et des décisions qui éclairent l’avenir au lieu de l’assombrir ». Des mots qui résonnent comme un ultimatum politique adressé à une transition dont la légitimité populaire s’érode, tribune après tribune, ordonnance après ordonnance.


























