Le président djiboutien Ismail Omar Guelleh, au pouvoir depuis 1999, est largement favori de la présidentielle organisée vendredi dans ce petit État de la Corne de l’Afrique, dont la position géographique et militaire en fait l’un des territoires les plus convoités du continent africain.
Vingt-sept ans au pouvoir, un adversaire symbolique
Âgé de 78 ans et surnommé « IOG », Guelleh gouverne d’une main ferme ce pays d’environ un million d’habitants depuis un quart de siècle. L’opposition, fragmentée et largement muselée, n’a pu aligner qu’un seul candidat face à lui : Mohamed Farah Samatar, dirigeant du Centre démocratique unifié, un parti sans représentation parlementaire et issu des rangs du pouvoir. Pour les observateurs, l’issue du scrutin ne fait aucun doute. Selon Sonia Le Gouriellec, chercheuse spécialisée dans la Corne de l’Afrique à l’Université catholique de Lille, il ne s’agit que d’une compétition de façade, sans véritable enjeu politique.
Un carrefour militaire entre Washington et Pékin
Djibouti tire sa valeur stratégique d’une position géographique exceptionnelle : nichée à l’entrée du détroit de Bab al-Mandab, entre la mer Rouge et le golfe d’Aden, la nation contrôle l’une des voies maritimes les plus fréquentées au monde. Ce positionnement a conduit plusieurs grandes puissances à y implanter des installations militaires. La France y maintient sa plus grande base en Afrique, avec environ 1 500 soldats. Les États-Unis y disposent de leur unique base permanente sur le continent, mobilisant quelque 4 000 militaires pour des opérations en Somalie et dans la région. La Chine, le Japon et l’Italie sont également présents. Cette cohabitation inédite entre rivaux géopolitiques reflète l’importance cruciale qu’Ismail Omar Guelleh, a su conférer à son pays sur l’échiquier mondial.
Une région instable, une économie dépendante de la mer
Dépourvu de terres agricoles, Djibouti tire environ 70 % de son PIB de ses infrastructures portuaires, en servant notamment de principal débouché maritime à l’Éthiopie enclavée. Dans ce contexte, les menaces des rebelles houthis du Yémen sur la navigation en mer Rouge constituent un risque économique direct. Paradoxalement, selon la chercheuse Le Gouriellec, la présence militaire chinoise, allié de l’Iran, protecteur des Houthis, offre pour l’instant une forme de bouclier au petit État côtier.
Droits bafoués et liberté de presse étranglée
Sur le plan des libertés publiques, le bilan du régime est sévèrement jugé par les organisations internationales. Djibouti figure à la 168e place sur 180 dans le classement 2025 de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse. Les voix dissidentes sont systématiquement étouffées, et la minorité afar dénonce une marginalisation persistante au profit de la communauté issa, dont est issu le président. Omar Ali Ewado, président de la Ligue djiboutienne des droits de l’homme, a qualifié ce scrutin de mascarade à l’issue prédéterminée.
Un mandat de trop, une succession déjà en coulisses
Ce sixième mandat devait être constitutionnellement impossible : la limite d’âge de 75 ans pour se porter candidat a été supprimée par le Parlement, ouvrant la voie à une nouvelle candidature d’Ismail Omar Guelleh,. Réélu en 2021 avec 97 % des suffrages lors d’un scrutin massivement boycotté, le président djiboutien présente aujourd’hui des difficultés physiques visibles. La question de son aptitude à aller au terme de ce mandat est posée ouvertement par les experts. Dans l’ombre, son épouse, son beau-fils et sa fille exercent une influence croissante, laissant entrevoir les contours d’une succession familiale qui se dessine discrètement au sommet du pouvoir djiboutien.


























