La tribune de Yves Fernand Manfoumbi s’inscrit dans une réflexion stratégique sur la refondation des finances publiques gabonaises. Loin des lectures simplistes, elle propose une approche nuancée de la consolidation budgétaire, envisagée non comme une contrainte extérieure, mais comme un levier de souveraineté économique et de transformation structurelle.
Une clarification nécessaire du débat budgétaire
D’entrée de jeu, l’auteur déconstruit les perceptions erronées qui entourent la consolidation budgétaire. Il souligne que « le débat sur la consolidation budgétaire suscite souvent des malentendus », mettant en lumière une confusion persistante entre austérité imposée et réforme souveraine. Cette précision est essentielle dans un contexte africain où les politiques budgétaires sont souvent perçues comme dictées par des institutions internationales.
Pour Yves Fernand Manfoumbi, la question centrale est éminemment politique : « comment garantir durablement la souveraineté économique du Gabon ? ». En repositionnant le débat à ce niveau, il élève la consolidation budgétaire au rang d’outil stratégique au service de l’indépendance nationale. Cette approche rompt avec une vision technocratique des finances publiques et invite à une appropriation politique des réformes.
L’auteur rappelle également la réalité structurelle des finances gabonaises, marquées par « une dette publique élevée, un déficit hors pétrole structurellement important et une dépendance persistante aux recettes extractives ». Ce diagnostic lucide met en évidence les vulnérabilités d’un modèle économique encore trop dépendant des ressources naturelles, limitant la capacité d’investissement de l’État dans des secteurs clés.
Une stratégie ambitieuse de mobilisation des ressources internes
Au cœur de la tribune se trouve une proposition structurée visant à renforcer les recettes publiques sans recourir à une réduction brutale des dépenses. L’auteur insiste sur un point fondamental : « l’enjeu n’est pas de réduire l’État. L’enjeu est de le renforcer ». Cette affirmation traduit une volonté de réhabiliter le rôle de l’État comme acteur central du développement.
Il met en avant un potentiel significatif de mobilisation des ressources internes, affirmant que « des centaines de milliards de francs CFA échappent au budget public » chaque année. Cette perte est attribuée à des facteurs tels que « des niches fiscales inefficaces, d’optimisation agressive, de fraude ou d’une valorisation insuffisante de nos ressources naturelles ». En identifiant ces failles, la tribune propose une base concrète pour l’action publique.
La stratégie avancée repose sur trois leviers majeurs. D’abord, la modernisation fiscale, avec « la digitalisation et la facturation électronique », présentée comme un moyen efficace de lutter contre la fraude à la TVA. Ensuite, la rationalisation des exonérations fiscales, qui doivent être évaluées en fonction de leur impact réel sur l’économie. Enfin, la valorisation accrue des ressources naturelles, notamment à travers « la transformation locale progressive », condition indispensable à la création de valeur ajoutée.
Selon Yves Fernand Manfoumbi, cette stratégie pourrait générer « près de 5 000 milliards de francs CFA de recettes additionnelles sur cinq ans ». Une projection ambitieuse qui traduit la confiance de l’auteur dans les capacités structurelles du pays.
Vers une souveraineté économique fondée sur la crédibilité budgétaire
Au-delà des mesures techniques, la tribune propose une vision cohérente de la trajectoire budgétaire du Gabon. L’objectif affiché est de porter « le ratio de recettes publiques de 17 % à environ 23 % du PIB à l’horizon 2030 ». Ce niveau est présenté comme aligné sur celui des économies émergentes comparables, renforçant ainsi la crédibilité de la proposition.
Cette amélioration des recettes permettrait de dégager « un excédent primaire supérieur à 2 % du PIB », condition jugée essentielle pour stabiliser la dette publique autour de 60 % du PIB. L’auteur insiste toutefois sur la ضرورة d’un accompagnement pédagogique des réformes, évoquant « des ajustements maîtrisés dont les effets devront être assumés avec lucidité ».
L’un des apports majeurs de cette tribune réside dans son refus d’associer consolidation budgétaire et récession. Au contraire, il affirme que « la consolidation budgétaire ne doit pas être synonyme de contraction économique ». Elle doit plutôt être conçue comme « un levier de transformation structurelle », capable de stimuler la croissance tout en renforçant la stabilité macroéconomique.
En conclusion, Yves Fernand Manfoumbi défend une vision exigeante mais réaliste des finances publiques, fondée sur la responsabilité, l’efficacité et la souveraineté. Comme il le résume avec force, « la souveraineté économique commence par la crédibilité budgétaire». Une formule qui résume l’essence de son propos et appelle à une réforme à la fois lucide, progressive et ambitieuse.


























