Il y a des absences qui s’installent comme des pierres au fond du cœur. Lourdes, froides, impossibles à déplacer. Depuis fin novembre 2025, la famille d’Éric Rogombé vit avec cette pierre-là. Plus de trois mois après sa disparition dans la forêt d’Ikobey, près de Fougamou dans la province de la Ngounié, ce jeune agent des Eaux et Forêts âgé de 24 ans demeure introuvable. Aucune trace. Aucune réponse officielle. Juste le silence épais d’une forêt réputée dense, difficile d’accès, et visiblement peu disposée à livrer ses secrets.
Un jeune forestier prometteur avalé par la brousse
Avant d’être un nom associé à une disparition, Éric Rogombé était un jeune homme au parcours lumineux. Fraîchement sorti de l’École nationale des eaux et forêts (ENEF), il attendait son affectation avec la patience de ceux qui croient profondément en la valeur du travail. Dans sa famille, on parlait de lui avec fierté. Un garçon sérieux, déterminé, plein de projets. À la fin du mois de novembre 2025, il accepte de participer à une mission de terrain dans le département de Tsamba-Magotsi, liée à des activités de recherche environnementale et de pêche. Avant de partir, il adresse un dernier message à son père, lui demandant une modeste somme pour préparer le voyage, promettant de revenir après une dizaine de jours. Il ne reviendra jamais.
Le moment où tout bascule dans la forêt d’Ikobey
Lors du déplacement en forêt, l’équipe avait été divisée en plusieurs groupes. À un moment du trajet, Éric marque un arrêt pour attendre un autre groupe. C’est là que ses collègues constatent son absence. Les recherches immédiates ne donnent rien. La forêt d’Ikobey, connue pour sa densité et ses étendues de plusieurs kilomètres sans réseau téléphonique, a englouti sa trace. La famille avait rapidement appelé les autorités à mobiliser des moyens importants : équipes spécialisées, logistique adaptée et reconnaissance aérienne. Mais au fil des semaines, les informations avérées vaines.
La tante d’Éric prend la plume pour que son neveu ne disparaisse pas deux fois
Face à cette absence qui s’installe, Annaïck Koumba, tante d’Éric et présidente du comité d’organisation de Miss Tourisme au Gabon, a choisi les mots pour combattre l’oubli. Dans un texte bouleversant, elle écrit : « Il y a des noms que l’on prononce tous les jours sans y penser. Et puis un jour, un nom change de nature. Il devient une inquiétude. Il devient une prière. Il devient une absence. » Nuits sans sommeil, téléphones surveillés en espérant un appel, silence qui s’installe dans le quotidien : elle raconte l’attente avec une précision qui déchire.
Tant que rien n’est certain, tout reste possible
Aujourd’hui, la famille refuse que cette disparition se transforme en dossier classé. « Tant que rien n’est certain, tout reste possible », confient les proches. Une conviction portée comme un bouclier contre le désespoir : Éric Rogombé ne doit pas disparaître deux fois. Une première fois dans la forêt d’Ikobey. Une seconde fois dans l’indifférence d’un pays qui doit à ses enfants perdus au moins la dignité d’une recherche acharnée.

























