Libreville, le 09 mars 2026- La publication par la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon d’une liste de clients appelés à régulariser leurs factures d’eau et d’électricité continue d’alimenter les discussions au sein de l’opinion publique. Présentée comme une opération visant à recouvrer des créances accumulées, cette démarche n’en finit pas de susciter interrogations et controverses.
Parmi les noms qui attirent particulièrement l’attention figure celui de Marie-Madeleine Mborantsuo, figure majeure de la vie institutionnelle gabonaise. Magistrate influente, elle a dirigé pendant plus de deux décennies la Cour constitutionnelle du Gabon, occupant l’un des postes les plus stratégiques de l’appareil judiciaire et politique du pays.
La présence de son nom sur une liste de personnes invitées à se présenter auprès de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon pour des factures présumées impayées a donc immédiatement provoqué une vague de réactions. Pour une partie de l’opinion, cette situation soulève une question simple mais symboliquement forte : comment expliquer que des personnalités considérées comme appartenant aux sphères les plus élevées de l’État puissent apparaître dans ce type de contentieux administratif ?
Toutefois, plusieurs éléments peuvent relativiser l’interprétation immédiate d’un tel cas. Dans les services publics, les contrats d’eau et d’électricité sont parfois rattachés à des propriétés familiales, des logements administratifs ou des biens immobiliers dont la gestion quotidienne n’est pas directement assurée par le titulaire du nom figurant dans les registres. Des retards administratifs, des litiges de facturation ou de simples erreurs techniques peuvent également conduire à l’apparition de situations inattendues dans les bases de données d’une entreprise.
Mais au-delà du cas particulier de Marie-Madeleine Mborantsuo, la polémique met surtout en lumière la stratégie controversée adoptée par la SEEG : la publication publique de listes nominatives de débiteurs présumés. Pour plusieurs observateurs et juristes, cette méthode soulève des interrogations sur le respect de la vie privée, ainsi que sur le principe fondamental de présomption d’innocence.
Dans un contexte où la gestion du secteur de l’eau et de l’électricité fait déjà l’objet de critiques récurrentes, cette communication a amplifié le débat national sur la transparence, la responsabilité institutionnelle et la qualité du service public.
Car au fond, derrière la polémique médiatique, se pose une question plus large : celle de la confiance entre les institutions, les entreprises publiques et les citoyens. Une confiance fragile qui ne se restaure ni par l’exposition publique des noms ni par la recherche de coupables symboliques, mais par des procédures claires, justes et transparentes.
À Lambaréné, les anciens disent souvent :
« Quand la pirogue prend l’eau, ce n’est pas en montrant du doigt les passagers qu’on la sauve, c’est en réparant le fond. »











































