Libreville, le 07 mars 2026- Il arrive que certaines communications institutionnelles donnent l’impression d’avoir été rédigées avec sérieux, mais relues avec une légèreté déconcertante. La récente publication d’une liste par la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) appartient malheureusement à cette catégorie de documents qui laissent le lecteur partagé entre perplexité et amusement.
L’objectif annoncé semble pourtant simple : identifier des personnes concernées par une situation administrative précise. Mais à la lecture de la liste SEEG, le citoyen attentif découvre un exercice d’identification digne d’une devinette.
Les noms y apparaissent souvent incomplets, parfois réduits à un prénom ou à un patronyme isolé, sans la moindre indication permettant de distinguer les individus concernés. Pas d’adresse précise, pas de numéro de contrat, pas de référence claire. À la place : une ville. Une simple ville.
Or chacun sait qu’à Libreville, à Port-Gentil ou dans n’importe quelle localité du pays, plusieurs citoyens peuvent porter exactement le même nom. Dans ces conditions, l’exercice devient presque ludique : chacun est invité à se demander s’il figure, peut-être , sur la liste. Un jeu administratif grandeur nature.

La scène pourrait prêter à sourire. On imagine sans peine plusieurs « M. ou Mme X » se présenter auprès de l’entreprise, persuadés d’être concernés, tandis que les véritables destinataires de l’avis continueront tranquillement leur journée sans jamais soupçonner qu’ils sont, quelque part dans un journal, les héros anonymes d’une publication approximative.
Mais la question la plus surprenante demeure celle du choix du canal de communication. Pourquoi publier dans la presse une liste aussi vague lorsque l’entreprise dispose, en principe, des coordonnées de ses usagers ? Les compteurs d’électricité et d’eau ne poussent pas au hasard dans les rues : ils sont installés dans des lieux précis, rattachés à des abonnés identifiés. Dans un univers rationnel, il suffirait d’utiliser ces informations pour contacter directement les personnes concernées.
À moins, bien sûr, que la publication de cette liste ne relève d’une méthode administrative innovante : informer tout le monde dans l’espoir que quelqu’un finira par se reconnaître.
La présentation du document ajoute une touche supplémentaire à ce tableau déjà singulier. Toute liste administrative sérieuse respecte généralement une règle élémentaire : le classement alphabétique, qui permet au lecteur de retrouver facilement un nom. Ici, cette précaution semble avoir été jugée superflue. Le lecteur parcourt donc les lignes avec la même méthode que l’on utilise pour chercher un ami dans une foule : beaucoup de patience et un brin de chance.
Il serait injuste de ne voir dans cette publication qu’un simple détail technique. La communication institutionnelle est un exercice exigeant. Elle engage la crédibilité de l’organisme qui s’adresse au public. Une entreprise aussi stratégique que la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon, qui assure des services essentiels à des milliers de foyers, ne peut se permettre des approximations qui donnent l’impression d’un travail improvisé.
Car derrière l’ironie que suscite ce document se cache une question plus sérieuse : celle du professionnalisme administratif. Informer les citoyens ne consiste pas à publier des listes énigmatiques dans lesquelles chacun est libre de deviner s’il est concerné.
Dans les administrations rigoureuses, on identifie, on vérifie, on classe, puis on communique clairement. Ici, l’ordre des étapes semble avoir été… légèrement réinventé.
À ce rythme, la prochaine publication pourrait peut-être se limiter à cette annonce :
« Un certain nombre de personnes, quelque part au Gabon, sont priées de se sentir concernées. »
Il faut reconnaître que l’exercice aurait au moins le mérite d’être cohérent avec la méthode.


























