Le manque de liquidités a poussé la Commission de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) à suspendre temporairement ses activités, un coup dur pour une institution qui devait être le moteur de l’intégration régionale. Sous l’ordre du président équato-guinéen Balthazar Engonga, cette décision révèle un scandale plus vaste que la simple absence de fonds : un dysfonctionnement systémique qui menace la stabilité économique et sociale des États membres.
Selon Gabonreview, les premiers indicateurs d’un mal profond sont apparus lors du rapatriement désastreux de la Commission à Bangui en 2023, où 800 millions FCFA ont été dépensés pour des opérations qui n’ont pas produit de flux de trésorerie réel. Des primes exorbitantes (8-10 millions FCFA par agent) ont été versées sans transfert effectif du personnel, et le responsable du top-management a accumulé plus de 500 jours de missions rémunérées à un million FCFA par jour — des pratiques qui ont vidé les caisses sans contrôle interne.
Cette mauvaise gouvernance se nourrit d’une répartition inique des ressources : la taxe communautaire d’intégration (TCI), source principale de financement de la CEMAC, ne provient que du Gabon. Les autres États membres ne versent pas leurs contributions, créant ainsi un déficit abyssal qui entraîne deux mois d’impayés pour les fonctionnaires et paralyse les réunions et missions essentielles à l’avancement des projets régionaux.
Les conséquences sont multiples :
Dégradation des notations souveraines : Le FMI et les agences de notation redoutent une baisse des notes pour le Tchad et la Centrafrique, rendant plus coûteux l’accès aux marchés financiers internationaux.
Érosion des réserves régionales : Le manque de trésorerie compromet la capacité de la Banque centrale des États de l’Afrique centrale (BEAC) à soutenir le franc CFA face aux chocs pétroliers et géopolitiques.
Tensions sociales : L’École interétatique des douanes délocalisée à Malabo n’a pas versé les cotisations retraite à la CNSS, laissant les employés sans pension et les orphelins sans allocation.
Instabilité politique : Le Gabon anticipe déjà un déficit public record (3 213 milliards FCFA en 2026) et une dette publique qui dépasse les seuils communautaires, ce qui alerte la BEAC sur une fragilité accrue.
Dans ce contexte chaotique, il est impératif que la CEMAC révise ses procédures de contrôle interne et mette en place une gouvernance transparente. Un audit complet doit être lancé immédiatement afin de reconstruire la confiance des États membres et d’éviter un effondrement régional qui aurait des répercussions sur toute l’Afrique centrale.
En résumé, la suspension de la CEMAC n’est pas qu’un simple arrêt administratif, mais le symptôme d’une crise institutionnelle profonde qui menace la cohésion économique et sociale du continent.


























