Le 19 janvier 2026, Nicolas Bordas, Founder and President d’IDEALIST Paris, a posé une question qui résonne comme un signal d’alarme civique. Dans un monde saturé de contenus, « nous n’avons jamais eu accès à autant d’informations », écrit-il, tout en constatant que « jamais il n’a été aussi difficile de savoir à qui faire confiance ». Cette défiance généralisée ne relève plus d’un simple malaise médiatique : elle devient un enjeu démocratique central, presque existentiel.
À l’occasion du festival Médias en Seine, organisé à la Maison de la Radio et de la Musique, La Croix a rendu publics les résultats de la 39ᵉ édition de son baromètre sur la confiance des Français dans les médias, une réalité vécue ailleurs, réalisé avec La Poste par l’institut Verian. Depuis près de quarante ans, cette étude agit comme un sismographe de notre rapport collectif à l’information. L’édition 2026 révèle un paysage paradoxal : « fatigue informationnelle persistante », défiance envers « les médias » pris globalement, mais confiance qui résiste dès lors que l’on parle de médias « concrets, identifiés, incarnés ». Pour Nicolas Bordas, ce paradoxe révèle « un moment charnière », celui d’une société à la fois saturée et exigeante.
Une démocratie ne peut se passer de médias de confiance
Au cœur de l’analyse de Nicolas Bordas se trouve une idée cardinale : « une démocratie ne tient pas seulement par des institutions, mais par un rapport partagé au réel ». En convoquant Hannah Arendt, il rappelle que « sans faits communs, il n’y a plus de monde commun ». Dans Vérité et politique, la philosophe montrait déjà que la disparition de la vérité factuelle ne conduit pas seulement au mensonge, mais à « l’impossibilité même de débattre, de juger et de décider ensemble ».
Le propos est limpide : la démocratie suppose le désaccord, mais exige un socle commun de faits vérifiés. « Sans information sourcée et hiérarchisée, la délibération se dissout dans l’émotion brute », souligne Bordas. John Dewey rappelait que « le public n’existe que s’il est informé », tandis que Jürgen Habermas a démontré que l’espace public repose sur la distinction rigoureuse entre faits et opinions. Paul Ricœur, enfin, insistait sur l’information comme « mise en récit responsable du réel ». Autant de références qui convergent vers un même constat : le journalisme de qualité n’est pas neutre par indifférence, il est rigoureux par devoir.
Défiance globale, confiance concrète
Le baromètre 2026 confirme cette tension. « 61 % des Français estiment qu’il faut se méfier de ce que disent les médias », note Nicolas Bordas, tout en précisant que cette défiance vise surtout une abstraction. Dès que l’on parle de médias réellement utilisés, « la confiance résiste ». Journaux télévisés, presse régionale et presse nationale demeurent crédibles auprès de leurs publics fidèles.
Cette contradiction s’inscrit dans un contexte de lassitude : près d’un Français sur deux ressent fatigue ou rejet face à l’actualité. La surabondance d’informations, la répétition des sujets et la difficulté à hiérarchiser l’essentiel nourrissent cette saturation. Pourtant, « 71 % des Français continuent de suivre l’actualité », signe d’un attachement qui résiste. L’essor des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle comme sources d’information accentue le trouble : « nous cherchons de l’information partout, sans toujours savoir à quelles médiations nous fier ».
Soutenir l’information de qualité
Pour Nicolas Bordas, la conclusion est sans équivoque : « rétablir la confiance est un pacte démocratique à reconstruire ». Cette responsabilité incombe aux médias, mais aussi aux citoyens. Soutenir l’information de qualité, c’est accepter que « l’information ait un coût parce qu’elle a une valeur ». S’abonner, financer, partager des contenus fiables devient alors « un acte démocratique ». Dans un monde saturé de contenus instantanés, ce choix individuel ressemble à un vote silencieux. Car, prévient-il, « sans médias de confiance, il n’y a plus de confiance en la démocratie ».


























