Libreville, le 24 decembre 2025- Depuis près de deux ans, d’anciens agents de l’Agence nationale des bourses et stages (ANBG) vivent une situation qui frise l’humiliation institutionnelle. Renvoyés dans leurs administrations d’origine à la suite de décisions administratives claires, ils attendent toujours le paiement de leurs arriérés de salaires. Vingt-et-un mois d’attente. Vingt-et-un mois de silence. Vingt-et-un mois d’un mépris qui interroge la nature même de notre gouvernance.
Le plus troublant dans ce dossier n’est pas l’absence de moyens. Selon plusieurs sources concordantes, les fonds destinés à solder ces arriérés ont bel et bien été débloqués par le Trésor public et mis à la disposition de l’ANBG pour clore définitivement ce passif social. L’argent existe. Les lignes budgétaires sont là. Les ordres auraient été donnés. Pourtant, rien ne se passe.
Alors une question s’impose : qui bloque, et pourquoi ?
À l’ANBG, comme dans trop d’administrations gabonaises, le problème ne semble plus technique mais politique, presque clanique. Une poignée de responsables, occupant des fonctions stratégiques de gestion administrative et financière, décideraient unilatéralement du sort de dizaines de familles, sans justification officielle, sans calendrier, sans explication. L’administration cesse alors d’être un service public pour devenir un espace de règlements d’intérêts, où l’arbitraire remplace le droit.
Plus grave encore, ce dossier met en lumière un mal endémique : la protection verticale. Lorsque des agents, même modestes, se retrouvent confrontés à des responsables qui bénéficient de soutiens haut placés, toute tentative de recours devient vaine. L’ombre de cabinets politiques, de réseaux d’amitiés et de loyautés personnelles plane sur des décisions qui devraient pourtant être strictement administratives. L’État se replie sur lui-même et refuse de rendre des comptes à ceux qu’il est censé servir.
Ce qui choque ici, ce n’est pas seulement le non-paiement des salaires. C’est le message envoyé :
— qu’un agent peut travailler sans être payé,
— qu’une décision de l’État peut être ignorée sans conséquence,
— que la proximité relationnelle vaut plus que la compétence,
— et que l’impunité reste la règle dès lors que l’on est bien entouré.
Dans un pays qui proclame la restauration de l’autorité de l’État et la moralisation de la vie publique, cette affaire sonne comme une dissonance grave. Comment demander des sacrifices aux citoyens lorsque l’administration elle-même viole ses obligations les plus élémentaires ? Comment parler de justice sociale quand ceux qui servent l’État sont traités comme quantité négligeable ?
Le dossier des ex-agents de l’ANBG n’est pas un fait divers administratif. C’est un test de crédibilité politique. Soit l’État assume, tranche, paie et sanctionne les abus. Soit il confirme, par son silence, que la République reste une copropriété privée, gérée entre amis, au détriment du droit et de la dignité humaine.
Car un État qui ne paie pas ses travailleurs, alors qu’il en a les moyens, n’est pas pauvre.
Il est simplement injuste.
Comme dit un proverbe à Lambaréné:
Quand la loi se tait, l’arbitraire parle à sa place.


























