À Lébamba, dans la province de la Ngounié, la scène observée ces derniers jours illustre une réalité préoccupante : des dizaines de personnes vivant avec un handicap, présentes dès l’aube devant le Trésor public, contraintes d’attendre des heures sans information claire sur le début des paiements de leurs allocations sociales.
Au Gabon, les personnes économiquement vulnérables en situation de handicap bénéficient d’une allocation spécifique, gérée par la Caisse nationale d’Assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS). Cette mesure, inscrite dans la mission sociale de l’État, constitue un acquis majeur de solidarité nationale. Toutefois, son versement annuel fragilise les bénéficiaires, contraints de gérer des dépenses quotidiennes avec une ressource trop irrégulière.
La situation à Lébamba met en lumière plusieurs manquements graves :
Absence de communication : ni le Trésor public ni la direction provinciale de la CNAMGS n’ont fourni d’informations précises sur les dates et horaires de paiement.
Organisation défaillante : sans calendrier de passage ni dispositif d’accessibilité, les files d’attente se transforment en épreuve insurmontable pour les personnes à mobilité réduite.
Manque de coordination institutionnelle : le retard ou l’absence de démarrage des paiements traduit une défaillance entre le ministère de tutelle, la CNAMGS et le Trésor public.
Une responsabilité morale et légale
L’appel lancé au préfet du département de la Louetsi-Wano et à la direction provinciale de la CNAMGS est légitime et urgent. Ces autorités locales, relais directs de l’État, doivent :
Garantir la disponibilité des fonds et la clarté des instructions de paiement.
Mettre en place des dispositifs d’accueil adaptés : files prioritaires, accompagnement spécifique, voire paiements par virement bancaire pour ceux qui le peuvent.
Assurer une communication transparente afin d’éviter l’humiliation d’attentes interminables.
Le calvaire des personnes handicapées à Lébamba n’est pas une fatalité, mais la conséquence de manquements logistiques et d’un déficit de communication. La solidarité nationale, principe fondateur de la politique sociale gabonaise, doit se traduire par des actions concrètes et dignes.
Il est grand temps de revoir la périodicité des allocations, afin qu’elles soient versées de manière plus régulière et qu’elles contribuent réellement à améliorer la qualité de vie des bénéficiaires.
Les personnes vivant avec un handicap représentent une part importante de la population gabonaise. Elles affrontent des obstacles physiques, sociaux et culturels, souvent aggravés par la pauvreté et la discrimination. Leur droit à l’allocation sociale doit être exercé dans la dignité, et non dans l’humiliation.
Ce dossier interpelle directement les autorités : il ne s’agit pas d’une faveur, mais d’une obligation morale et légale. Le pays ne peut tolérer que ses citoyens les plus vulnérables soient laissés pour compte.
Lébamba nous rappelle que la grandeur d’une nation se mesure à la manière dont elle traite ses citoyens les plus fragiles.


























