Libreville le 20 novembre 2025— L’affaire autour de l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA) prend un nouveau tournant. Alors que de graves révélations circulent sur l’existence d’un système organisé de détournements et de surfacturations impliquant plusieurs responsables provinciaux, le directeur général, Jean Delors Biyogue, est sorti de son silence pour nier toute implication.
Ces dernières semaines, plusieurs sources internes et documents évoquent un réseau bien structuré d’extorsions au détriment des opérateurs économiques. Les lois 15/65, qui encadrent strictement les coûts des inspections, fixent les montants entre 25 000 et 100 000 FCFA, et plafonnent toute intervention à 500 000 FCFA. Pourtant, sous la direction actuelle, des sommes atteignant plusieurs millions de francs auraient été exigées.
Deux cas cristallisent l’attention.
Le délégué provincial de l’Estuaire, Ulrich Wagha, aujourd’hui en détention à la DGSS, aurait extorqué 10 millions de FCFA à un opérateur économique.
Dans le Haut-Ogooué, l’ancien délégué provincial Parfait Ngomo, déjà sanctionné pour les mêmes pratiques avant d’être réintégré par Biyogue, est soupçonné d’avoir prélevé 2 millions de FCFA.
Ces faits, selon plusieurs agents, ne seraient pas des dérives isolées, mais les manifestations d’un système solidement implanté. Un système que certains attribuent directement au directeur général, notamment depuis la création controversée de la Délégation provinciale de l’Estuaire (DPE) — un service inexistant dans les textes officiels de l’AGASA. À sa tête : Mengue Djina Stella Bi Ntoungou, sœur du DG, érigée en point focal financier. Sa position stratégique alimente les interrogations sur la transparence des flux financiers internes.

Face à la montée des accusations, Jean Delors Biyogue a tenu à répondre publiquement. Dans une déclaration transmise ce jour, il affirme :
« Depuis que je suis né, je n’ai jamais été convoqué, ni entendu par les services spéciaux, comme auteur présumé ou témoin d’une quelconque malversation. Par conséquent, hier, je n’ai pas été convoqué à la DGSS, ni à la DGR dont je sollicite d’ailleurs le soutien dans les lourdes charges qui m’ont été confiées. Les réformes de l’AGASA se poursuivent car le mal ne triomphera pas. »
Ce démenti tranche avec les informations affirmant sa présence à la DGSS en début de semaine, aux côtés de plusieurs de ses collaborateurs encore auditionnés. Il n’en demeure pas moins que cette affaire soulève trois interrogations majeures :
• Par quelle procédure un service comme la DPE a-t-il pu être créé hors de tout cadre juridique ?
• Sur quelle base des prélèvements de plusieurs millions ont-ils été imposés, en violation des plafonds légaux ?
• Pourquoi les pratiques dénoncées depuis des mois au sein de l’agence n’ont-elles jamais été stoppées ?
À mesure que les révélations se succèdent et que les versions divergent, l’opinion publique observe de près l’évolution du dossier. Entre accusations documentées, responsabilités hiérarchiques et démentis fermes, l’affaire AGASA pourrait bien devenir l’un des premiers grands tests de la nouvelle doctrine de transparence administrative.
Dans ce climat de suspicion, une seule certitude s’impose : l’enquête devra, tôt ou tard, trancher entre communication institutionnelle et réalité des faits.
Par Darlyck Ornel Angwe


























