Dans le cadre du procès des Bongo Valentin, jugés par contumace, les coaccusés de la Young Team dévoilent les extravagances de la gestion du pays, au cours de leur collaboration avec l’ancien président Ali Bongo Ondimba. Parmi les voix qui s’élèvent, celle de Mélissa Bendome, Coordinatrice régionale des femmes de la presse pour la paix et la sécurité en Afrique centrale (FEPPSAC), apporte un éclairage particulier sur la nécessité d’une commission Vérité, justice et réconciliation au Gabon. Lecture!
Les révélations issues du procès de Sylvia Bongo Valentin et de son fils Noureddin Bongo sont un choc profond pour la conscience collective gabonaise et, au-delà, pour tous ceux qui croient encore en la justice et l’intégrité des institutions. Condamnés par contumace à 20 ans de prison pour détournement massif de fonds publics, blanchiment, corruption et association de malfaiteurs, ces deux figures du passé présidentiel incarnent tout un système qui s’est grassement nourri de l’argent de l’État au détriment du peuple.
Une justice salutaire mais qui ne suffit pas
Ce verdict, bien que rendu, laisse un goût amer. Il confirme l’existence d’un réseau d’enrichissement illicite largement documenté : des témoignages lors du procès décrivent un schéma de captation de l’argent public au profit d’intérêts privés, des milliards de francs CFA détournés pendant des années.
La justice a parlé, mais le grand public, longtemps spectateur impuissant, mérite de comprendre toute la gravité de cette corruption systémique, notamment sur son impact structurel. Les gabonais ont besoin d’être rassurés sur la fin de ces pratiques de népotisme et de prévarication.
Le mépris et l’égoïsme manifestés par certains hauts responsables sont inacceptables. Ils trahissent non seulement les principes les plus élémentaires de la responsabilité publique. Il est moralement délicat d’appeler certains citoyens à l’effort tandis que d’autres, pourtant visés par de sérieux soupçons, évoluent librement sans rendre de comptes.
Dans notre pays, la justice ne doit plus être ébranlée ou perçue comme partiale.
L’impunité n’est pas seulement pénale : elle est morale et sociale
Le rétablissement de la confiance dans l’État gabonais passe par plus que des condamnations : il exige une réparation symbolique, mais aussi un travail de vérité collective. Sans cela, la justice demeure une réponse parcellaire, technique, qui ne pansera pas les blessures laissées dans le corps de la nation. Sans compter les conséquences sur la qualité de vie des gabonais qui peinent à joindre les deux bouts pendant que certains animés par l’égoïsme et le mépris s’amusent avec l’argent du contribuable.
Après de telles révélations iniques, il est compliqué pour le gabonais lambda de repartir à sa petite vie comme si de rien n’était. On se sent abusés et manipulés.
Appel à la mise en place d’une Commission Vérité, Justice et Réconciliation
En tant que citoyenne engagée sur les questions de paix et de sécurité au niveau sous régional et régional, je lance ici un appel à la création d’une Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) :
Vérité : que tous les mécanismes de détournement, corruption et abus de pouvoir soient exposés publiquement. Que les témoignages des victimes, des fonctionnaires, des co-accusés soient recueillis et mis à la disposition du public.
Justice : au-delà des peines privatives de liberté, il faut garantir la restitution des fonds détournés, des sanctions financières proportionnelles et des réformes institutionnelles durables.
Réconciliation : reconnaître les torts, rendre des comptes, et promouvoir un dialogue national. La CVJR doit permettre aux Gabonais de dépasser la haine, de reconstruire la confiance, et d’engager des réformes sérieuses pour éviter le retour de ces abus.
Pourquoi cette commission est-elle essentielle ?
Pour restaurer la confiance : seule une transparence totale peut redonner foi aux institutions judiciaires et à l’État.
Pour prévenir la récidive : la corruption ne disparaîtra pas simplement avec des condamnations individuelles ; elle est enracinée dans des pratiques de gouvernance.
Pour construire une paix durable : la paix politique et sociale ne se décrète pas ; elle se bâtit sur la reconnaissance des injustices passées et des engagements concrets pour l’avenir.
La condamnation de Sylvia et Noureddin Bongo et consorts est un pas important. Mais pour que ce pas ne reste pas symbolique, il faut un saut qualitatif : celui de la vérité, de la réconciliation et de la réforme. C’est par là que passe une paix durable et un renouveau de la démocratie au Gabon.
Je sais que la tâche est immense et que les intérêts sont puissants. Mais je crois fermement que le courage politique démontré jusqu’à présent nous donne cette espérance :détruire les symboles d’un passé malsain, pour construire un État véritablement juste et transparent.
Le peuple gabonais mérite cette chance. Notre pays aussi.
Avec vigilance et espoir,
Mélissa BENDOME
Coordinatrice régionale des Femmes des Presses Pour la Paix et la Sécurité en Afrique Centrale ( FEPPSAC)


























