Le Gabon pleure Maryse Lydie Adchian, emportée par un cancer du sein ce lundi 3 novembre 2025. Originaire de Port-Gentil, cette femme de courage et de dignité s’est éteinte après un long combat contre la maladie, dans un silence médical trop souvent fatal. Son décès, au-delà de l’émotion, soulève une fois de plus une question brûlante : que valent nos campagnes de sensibilisation d’Octobre Rose ou Novembre Bleu si elles ne sauvent pas les vies qu’elles prétendent défendre ?
Maryse était bien plus qu’une patiente. Elle était devenue, malgré elle, le visage d’une lutte que mènent chaque jour des milliers de Gabonaises dans l’ombre : celle contre le cancer, contre l’indifférence, contre les lenteurs administratives et les défaillances d’un système de santé à bout de souffle.
Son cas, médiatisé, avait suscité une vague d’indignation et d’empathie. Le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, avait ordonné une prise en charge complète, saluée comme un acte fort de solidarité nationale. Son transfert à Libreville et les soins spécialisés reçus avaient été perçus comme un signal politique. Mais ce geste, aussi louable soit-il, n’a pas suffi à inverser l’issue tragique.
Des campagnes de sensibilisation vidées de leur sens
Alors que le pays entre dans la période de « Novembre Bleu », dédiée à la lutte contre les cancers masculins, après un « Octobre Rose » saturé de t-shirts, casquettes et événements festifs, une question dérange : à quoi servent ces campagnes si elles ne débouchent pas sur une amélioration concrète de la prise en charge médicale ?
Les cérémonies se multiplient, les rubans s’affichent, les discours se répètent. Mais dans les hôpitaux, les malades attendent. Attendent un diagnostic, un traitement, un lit, un espoir. Combien de femmes, combien d’hommes, traversent aujourd’hui ce calvaire dans l’anonymat le plus total, sans que leur souffrance ne trouve d’écho dans les festivités officielles ?
Des budgets pour les paillettes, pas pour les patients
Trop souvent, ces mois de sensibilisation prennent des allures de défilés mondains, où les budgets semblent davantage consacrés aux cocktails et aux séances de fitness qu’à l’achat de médicaments ou à la sensibilisation de proximité. Une mascarade qui trahit l’essence même de ces campagnes : informer, prévenir, soigner.
« Aujourd’hui, la prise en charge n’est plus celle que nous avions sous l’ancien régime. L’attention et les traitements sont en baisse », confie un patient, sous couvert d’anonymat. Un constat amer, partagé par de nombreux malades et professionnels de santé.
Une urgence sanitaire et morale
Il est temps de remettre les malades au centre des préoccupations. Il est temps que « Octobre Rose » et « Novembre Bleu » cessent d’être des vitrines creuses pour devenir des leviers d’action réelle. Il est temps que la solidarité ne soit pas un slogan, mais une politique publique cohérente, durable et équitable.
Maryse Lydie Adchian n’est plus. Mais son combat, lui, continue. Pour qu’aucune autre femme, aucun autre homme, ne soit abandonné à son sort dans un couloir d’hôpital. Pour que la santé ne soit plus un privilège, mais un droit effectif. Pour que les rubans ne soient pas que des accessoires, mais les symboles d’un engagement sincère.










































