Libreville, le 8 octobre 2025. Derrière les sourires diplomatiques et les formules protocolaires, un sujet brûlant s’est glissé lundi 7 octobre dans les échanges entre le président Brice Clotaire Oligui Nguema, et le Haut-Commissaire du Royaume-Uni au Gabon, Simon Day.
Au cœur des discussions : le dossier Sylvia Bongo Ondimba et son fils Noureddin Bongo Valentin, actuellement installés à Londres depuis leur évacuation sanitaire en 2024.
Officiellement, la rencontre tenue au palais du bord de mer portait sur la coopération bilatérale et la participation du Gabon à la COP30, prévue en novembre à Belém, au Brésil. Mais selon plusieurs sources proches de la présidence, le chef de l’État aurait profité de l’occasion pour évoquer le retour à Libreville de l’ancienne Première dame et de son fils, en vue de leur comparution au procès annoncé pour novembre prochain.
« Le président a été sans équivoque : la justice doit suivre son cours, et l’évacuation médicale ne saurait justifier une absence à l’audience », confie une source proche du dossier.
Cette démarche s’inscrit dans la volonté du pouvoir gabonais de faire du procès Bongo un symbole fort de la lutte contre l’impunité et de la restauration de l’autorité de l’État. Depuis le coup d’État du 30 août 2023, le régime d’Oligui Nguema a multiplié les signaux d’une politique de rupture avec les pratiques du passé, en plaçant la justice et la transparence au centre de la transition.
Sylvia Bongo et son fils Noureddin sont poursuivis pour corruption, détournement de fonds publics et blanchiment d’argent. Un procès qui, au-delà de son aspect judiciaire, revêt une dimension hautement politique.
« Ce procès incarnera la volonté du régime de rompre avec l’ère Bongo », analyse un politologue gabonais. « Mais il constituera aussi un test de crédibilité internationale, notamment en matière de respect des droits et de transparence. »
En coulisses, le pouvoir gabonais s’inquiète également des sorties médiatiques répétées de Sylvia Bongo et de son fils depuis leur arrivée au Royaume-Uni. Leurs déclarations publiques et vidéos diffusées sur les réseaux sociaux sont perçues à Libreville comme des tentatives de déstabilisation politique.
« Ces interventions cherchent à manipuler l’opinion internationale et à présenter la transition sous un angle négatif », déplore un proche collaborateur du président Oligui Nguema.
À la sortie de l’entretien, le Haut-Commissaire britannique Simon Day a salué « la franchise du dialogue » et rappelé « l’engagement du Royaume-Uni pour une coopération fondée sur la transparence et le respect mutuel ».
Aucune communication officielle n’a toutefois été publiée sur la question du transfert ou du retour des membres de la famille Bongo.
Selon des sources diplomatiques, le dossier serait désormais à l’étude au Foreign Office, dont les services juridiques examinent les implications en matière de droit international et d’extradition.
Alors que le Gabon s’approche de la fin de sa transition institutionnelle a tout les niveaux, la gestion des anciens dirigeants demeure un enjeu majeur pour l’image du pouvoir en place. En cherchant la coopération de Londres, Brice Oligui Nguema veut démontrer la fermeté et la légitimité de son action, tout en répondant à une forte attente populaire : voir la justice s’appliquer à tous, sans privilèges ni immunités.
Reste désormais à savoir si le Royaume-Uni donnera suite à la requête gabonaise. Entre considérations diplomatiques, impératifs humanitaires et enjeux politiques, le sort judiciaire de Sylvia Bongo et de son fils pourrait bien devenir le nouvel épicentre d’un bras de fer discret entre Libreville et Londres, à la veille d’un procès aussi symbolique que sensible.
Par Darlyck Ornel Angwe


























