Le 12 octobre prochain, le Cameroun s’apprête à vivre un moment censé incarner la grandeur républicaine : l’élection présidentielle. Mais à mesure que la campagne du président sortant Paul Biya se déploie, le citoyen camerounais est invité non pas à débattre, mais à rire. Et parfois, à pleurer.
Le “candidat naturel” ou l’art de l’éternel retour
À 92 ans, Paul Biya se présente une fois de plus comme le “candidat naturel”. Une expression qui, à force d’être répétée, semble avoir perdu toute logique démocratique pour devenir une loi de la nature. Comme le retour des saisons ou les coupures d’électricité. Sa campagne ? Une série d’affiches figées, où le président apparaît tel un portrait officiel d’un autre siècle, le regard lointain, presque mystique. Aucun slogan, aucun programme. Juste une image. Comme si le simple fait d’exister suffisait à gouverner.
Des marionnettes géantes pour une démocratie miniature
Mais le sommet du spectacle est atteint lors des marches de soutien organisées par ses partisans. Là, des marionnettes géantes à l’effigie du président déambulent dans les rues, brandies comme des totems sacrés. Une mise en scène qui frôle le grotesque, où le folklore remplace le discours, et où l’animation supplante l’argumentation. On ne débat plus, on défile. On ne convainc plus, on mime.
La toile s’enflamme : satire nationale et humour patriotique
Sur les réseaux sociaux, les Camerounais ne manquent pas de créativité. Caricatures, mèmes, parodies : la campagne présidentielle devient un terrain de jeu pour l’humour populaire. Paul Biya en super-héros, en statue, en DJ, en hologramme. Chaque image est une critique, chaque rire est une résistance. Le peuple, privé de débat, s’exprime par dérision.
“Impossible n’est pas camerounais” : slogan ou satire ?
Ce slogan, autrefois cri de fierté nationale, semble aujourd’hui illustrer l’absurde. Oui, au Cameroun, tout est possible : une campagne sans candidat visible, sans programme audible, mais avec des marionnettes géantes. Une démocratie où l’électeur est spectateur, et où le spectacle remplace le scrutin.
Le peuple camerounais mérite mieux qu’un spectacle d’ombres. Il mérite des idées, des débats, des projets. Car aimer son pays, ce n’est pas applaudir des marionnettes, c’est exiger du sérieux. Et si le rire est aujourd’hui la seule arme du citoyen, alors que ce rire soit fort, lucide et engagé.












































