Dans un entretien exclusif accordé à The Standard, Noureddin Bongo Valentin, fils de l’ancien président gabonais Ali Bongo Ondimba, livre un témoignage glaçant sur ses 610 jours de détention, consécutifs au coup d’État militaire d’août 2023. Libéré en mai dernier, il accuse les autorités gabonaises de tortures systématiques, de traitements inhumains et de violences physiques et psychologiques, qu’il aurait subis aux côtés de sa mère, Sylvia Bongo.
Parmi les sévices évoqués : coups ciblés aux parties génitales, usage de taser, privation de sommeil, ingestion forcée d’alcool, et simulacres de noyade. Noureddin affirme que sa mère a été frappée et étranglée devant lui. Il dit avoir pu filmer certains abus grâce à des lunettes espionnes, preuve qu’il espère décisive dans la plainte déposée en France pour actes de torture, séquestration et détention arbitraire.
Les autorités gabonaises, désormais dirigées par le général Brice Oligui Nguema, rejettent catégoriquement ces accusations, les qualifiant de manœuvres de diversion orchestrées par une famille en disgrâce, poursuivie pour corruption et détournement de fonds publics. Le gouvernement affirme que Noureddin Bongo cherche à manipuler l’opinion internationale pour échapper à la justice nationale.
Ce témoignage soulève des questions fondamentales sur l’état de droit au Gabon post-Bongo. Si les accusations sont avérées, elles révèlent une dérive autoritaire sous couvert de transition démocratique. Si elles sont infondées, elles illustrent une tentative désespérée de réhabilitation médiatique. Dans les deux cas, l’affaire cristallise les tensions entre justice nationale et pression internationale, entre vérité judiciaire et instrumentalisation politique.
Au-delà du choc des récits, l’enjeu est celui de la crédibilité des institutions gabonaises et de leur capacité à garantir des procès équitables, dans un climat de rupture avec l’ancien régime. Le silence des partenaires internationaux, notamment de la France, pourrait être interprété comme une forme de prudence diplomatique… ou tout simplement de complicité.


























