Akanda, le 18 septembre 2025– À l’origine, le centre international des civilisations Bantou (CICIBA) devait être un phare culturel pour l’Afrique centrale. Construit au début des années 1980 à l’initiative du feu président Omar Bongo Ondimba, ce projet panafricain visait à rassembler, préserver et valoriser l’héritage des peuples bantous. Une bibliothèque de référence, des archives linguistiques et anthropologiques, des salles de conférence et des espaces de recherche devaient faire du CICIBA un haut lieu de rayonnement intellectuel et identitaire. Les premiers bâtiments ont été sortis de terre à Okala, avec une ambition claire : offrir à Libreville un hub scientifique et culturel comparable à une « Sorbonne bantoue ».
Mais plus de quatre décennies plus tard, le rêve s’est brisé. Faute de financements stables, de volonté politique et de gouvernance claire, le chantier s’est arrêté net. Le site, laissé à l’abandon, s’est progressivement transformé en un lieu de squat pour des centaines de familles sans ressources. On estime aujourd’hui qu’entre 400 et 500 ménages y vivent, dans des conditions de précarité extrême : pas d’eau potable régulière, absence d’électricité, bâtiments délabrés et sous-sols inondés.
Quelques organisations tentent tant bien que mal d’apporter un soulagement aux habitants du CICIBA. L’union solidarité du Gabon, en partenariat avec l’ONG VSN, a par exemple mis en place des actions de ravitaillement en eau potable pour les familles. Ces initiatives, bien que limitées, permettent de répondre à un besoin vital dans un site où les infrastructures de base sont inexistantes. Des distributions de vivres ou d’effets scolaires ponctuels sont également signalées, mais l’ampleur des besoins dépasse largement les moyens de ces ONG. Leur travail illustre cependant la solidarité citoyenne face à l’inaction de l’État.
Au-delà de la misère sociale, le CICIBA est devenu synonyme d’insécurité. La nuit tombée, ce lieu prend des allures de zone de non-droit. Les témoignages abondent : trafic de drogues, violence armée, racket, agressions. Certains médias locaux évoquent même la présence de réseaux criminels structurés, utilisant l’endroit comme base logistique. Les habitants eux-mêmes reconnaissent que « sortir après 18h équivaut à un suicide ». Dans ce labyrinthe de ruines et de couloirs obscurs, la police est rarement visible et la peur est omniprésente.
Le contraste est saisissant : là où devait s’élever un centre de recherche et de mémoire sur les civilisations bantoues, se dresse aujourd’hui un symbole de l’abandon, où la pauvreté et la criminalité cohabitent. Le CICIBA n’est plus le sanctuaire du savoir promis, mais un coupe-gorge où règnent précarité et violence.
L’histoire du CICIBA illustre l’incapacité des gouvernants à transformer une ambition culturelle en réalité pérenne. Elle met aussi en lumière le manque de suivi institutionnel et la fragilité des projets phares quand ils reposent uniquement sur des élans politiques ponctuels. Les ONG, malgré leurs efforts, ne peuvent pallier l’absence d’une véritable politique publique pour redonner vie à cet espace.
Aujourd’hui, à l’heure de la cinquième République, la question du devenir du CICIBA prend une résonance particulière. Car il ne s’agit pas seulement de réhabiliter des murs, mais de restaurer une vision, de rendre aux citoyens la fierté de leur héritage bantou et de prouver que les grandes promesses culturelles ne sont pas condamnées à finir en ruines. Tant que l’État ne reprendra pas en main ce lieu chargé d’histoire et de potentiel, il restera gravé dans l’imaginaire collectif non comme un temple du savoir bantou, mais comme un fief de la misère et de la peur.
Par Darlyck Ornel Angwe

























