À Ntoum, la campagne électorale s’annonce comme une véritable arène où les gladiateurs politiques affûtent déjà leurs armes. Pourtant, avant même que le gong officiel ne retentisse, Serge Zeng Ango, candidat de l’Union nationale (UN), a choisi d’entrer dans la mêlée. Le 6 septembre 2025, foulant le terrain de Ntoum, il s’est permis d’appeler les électeurs à « tourner la page » en rejetant systématiquement le Parti démocratique gabonais (PDG). Une sortie jugée hors-la-loi, puisque la campagne n’était pas encore ouverte. La question s’impose : peut-on jouer au gendarme de la morale politique tout en franchissant soi-même la ligne rouge du Code électoral ?
La scène, pour certains observateurs, ressemblait à une plaisanterie politique digne des comédies de marché : un candidat qui, en dénonçant le désordre, choisit de danser au son de son propre tam-tam. « Un hors-la-loi peut-il vraiment incarner l’alternative à Ntoum ? », s’interroge un électeur sceptique. L’image frappe : c’est un peu comme si un arbitre entrait sur le terrain en plein match pour marquer lui-même un but.
Les stratèges savent pourtant qu’« on ne prépare pas la pêche le jour où l’on s’avance vers la rivière ». À Ossélé, ce proverbe prend tout son sens : le pêcheur doit maîtriser ses filets avant de s’embarquer. Serge Zeng Ango, lui, apparaît comme un novice projeté dans un océan houleux, avec pour seul bagage une rame mal taillée. Certains vont jusqu’à dire qu’il a été envoyé « en mission suicide » par sa présidente, Paulette Missambo.
À Ntoum, la véritable bataille électorale se joue entre des poids lourds : Zéphirine Etotowa et Camélia Ntoutoume Leclercq. Dans cette arène, les autres candidats ressemblent à des figurants, du « menu fretin » destiné à nager sans espoir dans une rivière trop large. La politique, ici, n’est pas une chasse à la gazelle, mais une guerre de buffles où seuls les enracinés survivent.
On ne vend pas le poisson encore dans l’eau, dit-on. Mais les Ntoumois ne s’aventurent guère dans les pirogues instables des apprentis pêcheurs. Eux préfèrent les capitaines familiers, ceux qui pagayent avec eux au quotidien. Or, Serge Zeng Ango souffre d’un déficit criant de proximité. Les électeurs veulent des candidats qui partagent leurs nuits sans électricité, leurs marchés sans routes et leurs lendemains incertains. Ils veulent du solide, pas des promesses en solde.
En réalité, la démarche du candidat de l’UN ressemble davantage à une blague de fin de banquet qu’à une stratégie électorale. À force de vouloir secouer le cocotier, il risque de se retrouver assommé par les noix. Un proverbe pourrait lui servir de boussole : « celui qui n’a pas appris à ramer dans le fleuve du village ne saurait prétendre naviguer dans l’océan Atlantique ».
À Ntoum, la bataille s’annonce rude, et il faudra plus qu’une tirade improvisée pour espérer inquiéter les géants. Serge Zeng Ango devrait, avant toute chose, ouvrir le Code électoral et apprendre ses rudiments. Car dans cette guerre, même la meilleure blague politique finit par coûter cher.


























