Chaque rentrée scolaire au Gabon, des milliers de familles se retrouvent face aux mêmes difficultés : enfants orientés loin de leur domicile, classes surchargées, frustrations des parents. Derrière ces tensions se cache une réalité simple mais lourde de conséquences : le pays manque cruellement d’écoles pour accueillir tous les élèves. Dans un entretien exclusif que Jérémie Mikombo, le Secrétaire permanent du secrétariat d’orientation scolaire, universitaire et professionnelle (Sosup) a accordé ce 15 septembre 2025 à notre confrère de L’Union.
Selon Jérémie Mikombo, les affectations reposent sur deux critères principaux : l’âge de l’élève (70 %)
la moyenne scolaire (30 %).
L’objectif est de rapprocher chaque enfant de son domicile afin d’assurer sa sécurité et un meilleur confort familial. Mais, dans la pratique, cet équilibre est difficile à respecter. Faute de places disponibles, de nombreux élèves sont envoyés loin de chez eux, ce qui nourrit la colère des parents.
C’est dans la capitale que le problème est le plus aigu rappelle Jérémie Mikombo. Rien que cette année, plus de 14 000 élèves n’ont pas pu être inscrits dans les établissements publics, car les capacités officielles étaient déjà dépassées.
Les autorités ont bien tenté d’instaurer des doubles et triples flux pour faire tourner les classes matin et soir, mais ce système a atteint ses limites. Résultat : les tensions sont plus vives que jamais.
À l’intérieur du pays, la pression est moins forte, mais le déséquilibre entre la croissance démographique et les infrastructures scolaires reste une réalité nationale.
Beaucoup de familles privilégient les établissements privés confessionnels, souvent perçus comme plus sérieux et mieux encadrés. Mais ces écoles fixent elles-mêmes leurs quotas d’élèves, généralement inférieurs aux besoins.
Conséquence : les demandes dépassent largement les offres, aggravant la frustration des familles. Pour limiter les dégâts, l’État a dû prendre en charge près de 70 % des frais de scolarité dans le privé en 2023-2024, soit environ 1,6 milliard de FCFA sortis des caisses publiques.
Pour Jérémie Mikombo, la cause de cette crise est limpide : « L’insuffisance des capacités d’accueil est la racine du problème. Tant qu’on ne construit pas assez d’établissements, les mêmes causes produiront les mêmes effets. »
Cette année, le pays a enregistré 7 000 élèves de plus qu’en 2022. Si rien n’est fait, l’an prochain, la situation sera encore plus critique.
Le gouvernement a lancé une opération d’identification des établissements et d’inscription en ligne des élèves, afin de disposer enfin de statistiques fiables. L’objectif : mieux planifier la construction de nouvelles écoles et anticiper les futures tensions.
Mais la solution de fond reste la même : construire davantage d’établissements scolaires pour absorber la croissance démographique. Sans cela, les doubles flux, les affectations lointaines et les frustrations continueront de rythmer chaque rentrée scolaire.
Par Darlyck Ornel Angwe












































