À première vue, c’est une lettre polie, presque parfumée, que la Secrétaire générale du Parti démocratique gabonais (PDG), Angélique Ngoma, a envoyée le 05 août dernier au Secrétaire général de l’Union démocratique des Bâtisseurs (UDB), Mays Mouissi. Mais sous l’encre courtoise, se cache un avertissement affûté : certains candidats de l’UDB, fraîchement sortis des rangs du PDG, n’ont pas coupé le cordon ombilical administratif qui les lie encore à leur ancien parti.
Dans ce duel feutré, les mots servent de lames. Ngoma ne cite pas de noms, mais plante le décor : les ex-militants devenus bâtisseurs n’ont pas tous obtenu le quitus libératoire, ce sésame attestant qu’ils ont quitté la maison PDG sans dette morale ni financière. Or, l’article 82 de la Loi Organique 001/2025 est clair : qui ne démissionne pas formellement quatre mois avant le scrutin s’expose à voir sa candidature invalidée comme un fruit cueilli trop tôt.
Derrière cette précision juridique, c’est tout un art du placement politique qui se joue. Le PDG, vieux général aguerri des champs électoraux, semble dresser un champ de mines réglementaire autour de l’UDB, le jeune parti porté par Brice Clotaire Oligui Nguema. Dans cette partie d’échecs à taille nationale, Ngoma avance un fou sur la diagonale du droit électoral, obligeant son adversaire à protéger ses pièces… ou à voir certaines tomber avant même le premier coup de campagne.
La métaphore est claire : le PDG joue le rôle du gardien du temple, vérifiant chaque badge d’accès avant d’ouvrir la porte du scrutin. L’UDB, lui, se retrouve sommé de vérifier que ses recrues n’ont pas encore un pied sur l’ancienne passerelle, au risque de se voir rattrapées par la marée des contentieux.
Si la lettre est douce dans sa forme, elle est redoutable dans son fond. En diplomate stratège, Ngoma n’attaque pas frontalement mais rappelle que la loi est un fleuve implacable : on ne le traverse pas avec des papiers incomplets. Et dans un climat de recomposition politique rapide, chaque faille administrative pourrait devenir un rocher sur lequel chavire une ambition.
Les législatives et locales de septembre-octobre prochain ne seront pas seulement une bataille d’idées et de programmes. Elles seront aussi, visiblement, une guerre de procédures, où chaque camp tentera de faire tomber l’autre non pas sur la place publique… mais dans les couloirs feutrés du Code électoral.
Par Darlyck Ornel Angwe

























