Gabon, fin août 2025. Tandis que l’air vibre encore de l’insouciance des grandes vacances, une autre effervescence s’empare du pays : celle des concours d’entrée aux grandes écoles. Pour des milliers de bacheliers, cette période marque le début d’une nouvelle étape, celle de la concrétisation de leurs aspirations académiques. Pourtant, derrière cette ruée vers l’excellence, se cache une réalité récurrente et décevante, une mécanique bien huilée qui, année après année, semble prédestinée à générer frustration et questionnements profonds quant à l’équité et la pertinence du système.
Le phénomène est aussi constant que prévisible : les concours d’entrée aux prestigieuses institutions au Gabon, qu’il s’agisse de l’École nationale d’administration (ENA), ou l’École normal supérieure (ENS), l’Institut universitaire des sciences de l’organisation (IUSO), d’autres centres de formation d’excellence, attirent un nombre de candidats largement supérieur aux places disponibles.
Prenons un cas concret : une école réputée pour former 400 futurs professionnels ouvre ses portes à plus de 1000 voire 2000 postulants. Si l’idée de sélectionner les meilleurs est légitime, la disproportion flagrante entre les places offertes et le volume des candidatures pose la question fondamentale de la pertinence de ce modèle et le plus choquant entre autres est que les 1000 ou 2000 candidats paie pour les frais de dossier… quelle bonne stratégie bref.
L’analyse de cette pratique révèle plusieurs dysfonctionnements structurels.
Premièrement, elle témoigne d’une potentielle défaillance dans la planification et la communication des besoins réels des grandes écoles. Pourquoi ne pas ajuster le nombre de places en fonction de la demande ou, au contraire, mieux encadrer le nombre de candidats autorisés à concourir si les capacités d’accueil sont réellement limitées aux concours des grandes écoles au Gabon? Cette sur-sollicitation des candidats, souvent issus de milieux modestes, engendre des coûts financiers et temporels non négligeables, entre frais d’inscription, déplacements, et préparation intensive, pour une probabilité de succès souvent infime.
Deuxièmement, cette situation met en lumière un possible manque de diversification des parcours d’enseignement supérieur et de formation professionnelle au Gabon. L’engouement pour quelques grandes écoles semble masquer un besoin accru de filières alternatives, plus adaptées aux réalités du marché du travail et aux aspirations de tous les jeunes, indépendamment de leur réussite académique immédiate.
L’absence de voies d’orientation claires et diversifiées pousse une masse importante de bacheliers vers les mêmes portes, créant ainsi une concurrence acharnée et, souvent, vaine.
Enfin, cette habitude répétée soulève des interrogations sur l’équité du processus. Si les concours d’entrée aux grandes écoles au Gabon visent à sélectionner les plus méritants, la masse écrasante de candidats rend l’exercice extrêmement sélectif, parfois au détriment de talents qui, dans un cadre moins compétitif, auraient pu s’épanouir. Cela peut également favoriser des pratiques moins transparentes, bien que les organisateurs s’efforcent généralement d’assurer la régularité des épreuves.
Il est temps pour les autorités éducatives gabonaises d’engager une réflexion profonde sur ce modèle de concours aux grandes écoles. Il ne s’agit pas de décourager l’excellence, mais de repenser les stratégies pour offrir à chaque jeune gabonais une chance réelle de construire son avenir, en adéquation avec les besoins du pays et les aspirations de sa jeunesse.
Par Yann Yorick Manfoumbi Manfoumbi

























