À quelques encablures des premières élections législatives et locales sous la Ve République, l’atmosphère politique au Gabon ressemble étrangement à une mer d’huile. Pas de houle, pas de vent, pas même le clapotis d’une communication officielle pour annoncer la tempête démocratique à venir. C’est comme si le navire républicain avançait vers une échéance capitale, mais que son équipage gardait le cap dans un mutisme déroutant.
Dans les quartiers, l’effervescence habituelle des campagnes électorales n’est qu’un souvenir d’une autre époque. Pas d’affiches, pas de débats publics, pas de slogans scandés dans les rues poussiéreuses des cités urbaines ou sur les places villageoises. Les habitants se demandent si le vent de la Ve République a été coupé avant même de souffler.
Du côté du gouvernement, le mutisme est encore plus pesant, même les rencontres du ministère qui organise sont limitées à une communication à peine visible. On dirait un orchestre qui s’apprête à donner un concert historique, mais dont les musiciens n’ont pas encore accordé leurs instruments. Pas de communication claire, pas de calendrier rythmé par les traditionnelles campagnes d’explication. Tout se passe comme si la démocratie voulait avancer incognito, sous cape.
Pourtant, ces élections sont censées marquer un tournant. Ces élections doivent incarner le souffle nouveau de la Ve République, redonner confiance aux citoyens et réaffirmer la promesse d’une gouvernance plus proche du peuple. Mais l’absence de communication agit comme un brouillard qui empêche l’équipage électoral de voir le phare démocratique.
Les partis politiques, eux aussi, semblent naviguer à vue. On ne sait plus si les capitaines de ces embarcations politiques ont perdu la boussole ou s’ils attendent un signal mystérieux du gouvernail central pour larguer les amarres.
Pendant ce temps, les citoyens, passagers de ce navire républicain, scrutent l’horizon. Certains craignent que la traversée électorale ne soit qu’une croisière de plus sans escale réelle vers un changement tangible. D’autres gardent l’espoir que ce silence cache une préparation minutieuse, un souffle contenu avant une grande respiration démocratique.
Mais une chose est certaine : dans toute traversée, l’absence de communication est le plus grand danger. Un navire sans annonces, sans sirène, finit souvent par heurter l’iceberg de l’indifférence citoyenne.
Par Darlyck Ornel Angwe

























