À Angondjé Village, dans cette zone que les habitants appellent amèrement Fin Béton, les rêves de modernité se sont enlisés dans la boue. Là où devait s’élever une route en béton, symbole d’un renouveau promis par le CTRI, il ne reste qu’un chemin éventré, parcouru de crevasses et de désespoir.
Le projet initial, porté par le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions, devait durer six mois. Une promesse en fanfare, suivie d’un silence assourdissant. Aucun engin mandaté par l’Etat, via les Travaux publics, n’a jamais foulé le sol de ce quartier, pourtant désigné comme zone pilote du bétonnage urbain. Les habitants, eux, n’ont vu passer que les saisons.
En plus de l’état de la route, l’absence chronique d’eau potable creuse davantage le fossé entre les citoyens et les autorités. Ici, à quelques kilomètres du centre-ville de Libreville, on vit comme en marge de la République. Le bitume manque, mais c’est l’eau, source de vie, qui fait le plus défaut.

Dans ce tableau d’abandon, un homme s’est levé. Un bienfaiteur, un riverain de cœur, qui a, avec ses maigres saluée à l’unanimité, car elle a redonné un semblant de praticabilité, au moins temporairement.
Mais derrière les remerciements sincères, plane une inquiétude sourde : ce raclage artisanal, réalisé sans canalisation ni étude d’évacuation, ressemble à une bombe à retardement. Lorsque les premières pluies viendront, la terre mal tassée risque de se transformer en bourbier, et les habitations en îlots isolés.
Et comme pour ajouter une touche d’ironie au tableau, des membres de l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB) ont récemment arpenté le quartier. Leur but ? Inciter les habitants à s’enrôler dans leur parti. Pas de promesses de route, pas de solution pour l’eau. Juste des fiches d’adhésion et des discours rodés.
Angondjé-Village n’est pas un cas isolé. Il est le symbole douloureux d’une promesse publique enterrée vivante, d’un chantier mort-né, d’un État trop souvent absent là où il est attendu.
Dans ce quartier où les habitants font preuve de courage, de solidarité, et parfois même d’ingéniosité, le manque de réponses officielles sonne comme un abandon organisé. Et pendant que les uns comblent des nids-de-poule à la pelle, d’autres creusent des fossés électoraux avec des slogans.
Angondjé Village n’attend plus de promesses. Il attend des routes stables, de l’eau qui coule, et des responsables qui répondent.
Par Darlyck Ornel Angwe

























