Il était une fois un royaume tropical où les palais ne dormaient jamais et où les silences politiques valaient mille discours. Dans cette République secouée par la chute d’un régime long comme un fleuve trouble, les récents événements prennent des allures de feuilleton politique au goût amer. L’arrestation spectaculaire de plusieurs figures proches de l’ancien pouvoir, après les déclarations accusatrices de Sylvia Bongo, résonne comme le bruit d’un sabre dégainé trop longtemps resté au fourreau.
Mais pourquoi maintenant ? Pourquoi cette soudaine poussée de fièvre judiciaire alors que les dossiers dormaient paisiblement dans les tiroirs de l’État depuis des mois ? La question est sur toutes les lèvres. Et la réponse, si elle devait être sincère, se trouverait peut-être dans les non-dits d’un bras de fer silencieux entre deux pôles du pouvoir post-transition.
Sylvia Bongo, première dame déchue, s’est récemment exprimée, drapée dans un costume de victime. Dans sa bouche, les mots étaient choisis, précis, presque chirurgicaux. Elle ne se défendait pas seulement : elle lançait un appel, un défi, voire une provocation. En dévoilant les coulisses de sa détention et en accusant les nouveaux maîtres du jeu, elle aurait, sans le dire, ravivé les braises d’un conflit feutré entre anciens et nouveaux détenteurs de la légitimité politique.
Et à peine ses propos résonnaient-ils encore dans les couloirs de la République, que tombaient les premières têtes : perquisitions, mises sous mandat de dépôt, gel des avoirs, convocations en série. Une pluie de justice tombant après la sécheresse prolongée du silence judiciaire.
Si la justice devait suivre son cours naturellement, elle ne marcherait pas au rythme des interventions médiatiques d’une ancienne Première dame. Le fait que tout s’accélère après ses sorties jette une ombre sur la sincérité de l’action judiciaire. On pourrait y voir l’image d’un orchestre qui ne joue ses partitions qu’après le signal d’un chef invisible.
Les mauvaises langues diraient qu’on assiste à une guerre à distance entre deux camps :
D’un côté, l’ancien régime ou ce qu’il en reste, bien décidé à laver son linge sale en public dans l’espoir de réhabiliter son image, voire de perturber la nouvelle architecture du pouvoir ;
De l’autre, le pouvoir actuel, soucieux de préserver sa légitimité populaire, quitte à choisir des cibles symboliques au moment le plus stratégique.
C’est un jeu d’échecs sans règles fixes, où chaque pion arrêté pourrait être une réponse à un coup tenté par l’adversaire.
Le danger ici, c’est de voir la justice devenir le bras armé d’un duel politique, déguisée en arbitre impartial alors qu’elle suivrait les instructions d’un camp. Si cela devait être le cas, on ne parlerait plus de justice, mais de vengeance institutionnalisée, une épée maniée selon les humeurs et les urgences stratégiques.
Certains analystes oseraient avancer que la République se transforme en une arène où les tigres du passé croisent les lions du présent, sous le regard d’un peuple transformé en public de cirque, applaudissant la moindre morsure, la moindre chute.
Et pendant que les puissants s’envoient des flèches camouflées, le peuple reste spectateur. Témoin fatigué d’une série sans fin où les premiers rôles changent mais où le décor – fait d’inégalités, de chômage, de frustrations – reste le même. Il observe ces règlements de compte avec un mélange d’ironie et de lassitude, se demandant si, encore une fois, il ne sera que le dindon d’une farce qui ne dit pas son nom.
Le sablier est renversé. Chaque grain tombé pourrait révéler un autre chapitre de ce feuilleton judiciaire et politique concernant les Bongo et particulièrement Sylvia Bongo. Mais la vraie question serait la suivante : cette guerre des ombres servira-t-elle enfin la lumière de la vérité ?
Si l’on voulait être cynique, on dirait que la vérité, dans cette histoire, est une vieille dame que chacun habille à son goût. Et qu’en République gabonaise, elle attend encore son tailleur.
Par Darlyck Ornel Angwe, journaliste stagiaire

























