Hier intouchable à Libreville, Ali Bongo Ondimba a franchi, ce mardi 1er juillet, les portes du tribunal judiciaire de Paris non pas en témoin d’un pouvoir absolu, mais en victime présumée. Celui qui fut pendant quatorze ans à la tête du Gabon, héritier d’un règne de 55 ans de la famille Bongo, a été entendu comme partie civile dans l’enquête qu’il a lui-même enclenchée pour « séquestration arbitraire » à la suite du coup d’État d’août 2023.
Ironie de l’histoire : alors que sous son autorité la justice gabonaise était accusée de docilité, c’est désormais devant des juges français du pôle Crimes contre l’humanité qu’Ali Bongo Ondimba cherche justice. Selon ses conseils, Mes François Zimeray, Pierre-Olivier Sur, Catalina de la Sota et Clara Gérard-Rodriguez, leur client a été écouté « avec sérieux et impartialité », saluant le travail rigoureux des magistrats.
L’ancien président n’est pas seul dans cette procédure. Son épouse Sylvia, de nationalité française, et leur fils Noureddin dénoncent des actes de torture, de barbarie et une détention arbitraire après leur arrestation par les autorités militaires gabonaises. En janvier dernier, une information judiciaire avait été ouverte à Paris contre X pour ces faits, aujourd’hui en phase avancée.
Le contraste est saisissant : Ali Bongo Ondimba, naguère garant de l’ordre républicain, se dit désormais victime d’abus de pouvoir. Assigné à résidence pendant près de neuf mois à Libreville, il n’a quitté le pays que mi-mai pour Luanda. Son état de santé fragile, depuis un AVC survenu en 2018, n’a fait qu’ajouter à la complexité du dossier.
De son côté, le général Brice Clotaire Oligui Nguema, auteur du coup d’État et actuel président de la Transition, réfute toute accusation de mauvais traitements, assurant que les prévenus auront droit à un procès équitable. Pourtant, le récit judiciaire qui s’écrit à Paris pourrait ternir l’image d’un pouvoir en quête de légitimité.
Ali Bongo Ondimba, longtemps à l’abri derrière les murs du palais du Bord de mer, voit aujourd’hui l’Histoire s’écrire sans lui, voire contre lui. La France, où s’exerçaient jadis les complicités diplomatiques, devient désormais la scène d’un possible rééquilibrage des responsabilités et des vérités.

























