Le 23 juin 2025- Une barrière métallique, surgie du néant sur une voie publique de Mindoubé, obstruant l’accès à une zone de mangrove, a soulevé une onde de stupeur dans les cercles administratifs et citoyens. Derrière cet acte de vandalisme institutionnalisé se dessine une entreprise insidieuse de captation foncière déguisée en aménagement discret, et révélatrice des dérives systémiques d’un appareil étatique trop souvent pris en otage.
Alerté par des riverains révoltés par cette confiscation de l’espace commun, le ministre de l’Environnement, Mays Mouissi, a immédiatement mobilisé la Direction générale de l’Environnement et de la protection de la nature (DGEPN). Une descente sur le terrain a permis de lever le voile sur des activités illicites : remblais sauvages, constructions anarchiques, destruction silencieuse d’un écosystème classé, et surtout, une volonté manifeste de dissimuler les faits aux regards des services compétents.
Mais au-delà du scandale environnemental, cette affaire révèle une pathologie bien plus profonde : celle d’une société en proie à la privatisation sauvage des biens communs, au nom d’intérêts inavoués et d’arrangements obscurs. L’acte de verrouiller un accès public à Mindoubé n’est pas une simple incivilité : il constitue un geste politique, un affront symbolique au pacte républicain. Il entérine l’idée que certains, tapis dans les arcanes du pouvoir ou profitant d’un capital relationnel bien huilé, peuvent redessiner le territoire à leur guise.
Ce qui s’est joué à Mindoubé n’est rien de moins qu’un coup de force foncier, perpétré en pleine lumière mais avec les méthodes de l’ombre. L’érection du portail ne dissimulait pas seulement des remblais illégaux, elle incarnait une souveraineté parallèle, un pouvoir de fait exercé contre l’État et contre la collectivité.
La promptitude du ministre Mouissi, louable, ne doit pas masquer l’impérieuse nécessité d’une vigilance permanente et d’un contrôle systémique. Car cette affaire soulève une question fondamentale : comment une telle entreprise a-t-elle pu se développer sans alerter les services de l’urbanisme, les autorités locales, les forces de sécurité ou même les élus de proximité ? Ce silence interroge. Il suggère, au mieux, une défaillance institutionnelle ; au pire, une complicité silencieuse.
L’ouverture d’une enquête, annoncée avec fermeté, devra aller au-delà du simple constat technique. Il s’agit désormais de débusquer les donneurs d’ordres, les faussaires de l’aménagement, les fossoyeurs du patrimoine naturel. Car la mangrove n’est pas un terrain vague. Elle est une matrice de vie, un rempart contre l’érosion, un régulateur climatique et un bien commun inaliénable.
À l’heure où le Gabon s’affirme comme un leader en matière de transition écologique et de défense de la biodiversité, le cas de Mindoubé sonne comme un test grandeur nature. Le pays est-il prêt à affronter ses démons internes ? Saura-t-il réconcilier discours environnemental et action régalienne ? Ou continuera-t-il à laisser prospérer ces seigneuries informelles qui s’arrogent, morceau par morceau, le droit de disposer du territoire national comme d’un butin ?
Il ne s’agit plus de préserver une mangrove à Mindoubé. Il s’agit de préserver un principe : celui de la souveraineté publique sur les espaces partagés. Mindoubé doit marquer un tournant. Un point de rupture. Ou alors, demain, ce ne seront plus seulement des portails que l’on dressera, mais des murs — entre l’État et les citoyens, entre la légalité et la réalité.
Par Darlyck Ornel Angwe, journaliste stagiaire

























