La détention préventive en République gabonaise, censée être une mesure exceptionnelle, semble aujourd’hui ronger subtilement le système judiciaire du pays. Cette mesure, qui devrait être limitée dans le temps et encadrée strictement, est devenue une pratique courante, souvent à durée indéterminée. Des centaines de prévenus croupissent dans les prisons du pays, parfois pendant des années, sans jamais être jugés. Ce fléau, qui bafoue les principes fondamentaux du droit, mérite une dénonciation ferme.
Des vies brisées par l’attente
Le cas de Hugues Landry M. récemment libéré après dix ans de détention préventive, comme le rapportent nos confrères du quotidien L’Union de ce 22 mai, illustre cette dérive judiciaire qui devrait, de toute urgence, être examinée par la nouvelle équipe dirigeante du pays.
Arrêté en 2015 pour vol qualifié, il n’a jamais été jugé. Son dossier est resté en suspens, et ce n’est qu’en 2025 qu’il a obtenu une libération définitive. Pendant une décennie, il a vécu dans l’incertitude, privé de liberté sans condamnation.
Mais il n’est pas le seul. Bouanga, un autre détenu, a passé plus de trois ans en détention préventive sans que son dossier n’avance.
Pourtant, la loi gabonaise prévoit des délais stricts : six mois renouvelables en matière correctionnelle, un an renouvelable en matière criminelle.
En théorie, aucun prévenu ne devrait rester enfermé plus de 18 mois sans jugement. En pratique, ces délais sont largement ignorés.
Une justice à deux vitesses
Pourquoi ces détentions abusives ? Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation :
– Manque de moyens judiciaires : Les tribunaux sont engorgés, les juges débordés, et les dossiers s’accumulent.
– Absence de suivi : Une fois incarcérés, les prévenus sont souvent oubliés par le système.
– Pressions politiques et administratives : Certains dossiers sont volontairement retardés pour des raisons obscures.
Le rapport des Nations unies sur la justice gabonaise révélait qu’en 2013, 70 % des détenus de la prison centrale de Libreville étaient en détention préventive. Alors que notre jeune république entame une nouvelle ère, il est urgent de revoir cet aspect judiciaire. Car ce chiffre alarmant montre que la justice gabonaise semble condamner avant de juger.
Des réformes nécessaires
Face à cette injustice, des réformes s’imposent :
– Respect des délais légaux: Les juges doivent être tenus de statuer dans les délais impartis.
– Indemnisation des victimes : La loi prévoit une compensation pour les prévenus injustement détenus, mais elle est rarement appliquée.
– Modernisation du système judiciaire : Plus de magistrats, une meilleure gestion des dossiers et une transparence accrue sont indispensables.
La détention préventive prolongée constitue une violation des droits humains. Il est temps que la justice gabonaise cesse d’être une machine à enfermer et redevienne un véritable pilier de l’État de droit.


























