Dans le théâtre trouble de la vie publique gabonaise, certains masques finissent toujours par tomber. Georges Mpaga, figure éminente de la société civile et Secrétaire actuel du Conseil Économique, Social et Environnemental de Transition, se retrouve aujourd’hui pris dans une tempête médiatique qui menace de balayer les fragiles fondements de sa réputation. L’homme, longtemps érigé en héraut des droits humains, est désormais accusé d’avoir détourné les fonds – dix millions de francs CFA par famille – censés indemniser les victimes de la crise post-électorale de 2016.
C’est dans une vidéo virale, à la portée dévastatrice, que la présidente de l’association « Réconciliation », regroupant les victimes et ayants droit de cette sombre période, a levé le voile sur ce qu’elle décrit comme une vaste entreprise de tromperie. Lors d’une audience au cabinet de l’ancien Premier ministre de la Transition, Raymond Ndong Sima, il aurait été révélé que la question des indemnisations était, selon les mots du conseiller juridique, « réglée depuis 2016 », par l’entremise de Georges Mpaga lui-même.
« Vous perdez votre temps », aurait lancé ce conseiller avec morgue, précisant que « Monsieur Mpaga a reçu dix millions par famille de victime ». Une assertion répétée à plusieurs reprises, avec une insistance qui semblait vouloir clore toute velléité de réclamation. Loin d’apaiser les esprits, cette déclaration n’a fait que raviver l’indignation des familles meurtries, désormais convaincues d’avoir été doublement trahies : d’abord par le régime d’Ali Bongo, ensuite par celui qui se disait leur défenseur.
L’ironie est cruelle : celui qui plaidait pour la transparence et la justice aurait, selon ses accusateurs, usé de duplicité pour se muer en administrateur fantoche de la douleur d’autrui. Un comédien du malheur, habile à détourner l’empathie publique à son profit personnel ? Si ces allégations s’avèrent exactes, elles signeraient l’acte de décès moral d’une figure qui prétendait incarner l’espoir d’un changement.
Le silence de l’intéressé, jusqu’ici pesant, alimente les soupçons. Il lui appartient désormais de s’expliquer, preuves à l’appui, ou d’assumer les conséquences d’un discrédit durable. Car sans enquête indépendante, sans transparence administrative, le doute persistera, tenace, laissant croire à un vaste tour de passe-passe orchestré sous couvert de militantisme.
À l’heure où la société civile tente de retrouver sa crédibilité, cette affaire tombe comme une ombre sur ses élans. La roublardise présumée d’un homme pourrait bien ternir tout un pan de l’activisme gabonais. En attendant, les victimes, elles, n’ont toujours pas vu la couleur de la justice.


























