Le milliardaire et le patron de la start-up californienne, Sam Altman, sont passés en quelques années de partenaires à ennemis jurés. Récit.
Du désamour aux invectives et plaintes en justice: la relation entre les anciens associés Elon Musk et Sam Altman a tourné au vinaigre, au point de détériorer les perspectives d’OpenAI, star de la Silicon Valley.
Lundi, un groupe d’investisseurs dirigé par Elon Musk a proposé de racheter l’organisation à but non lucratif qui contrôle OpenAI, la start-up californienne dirigée par Sam Altman, connue pour avoir lancé la vague de l’intelligence artificielle (IA) générative avec ChatGPT à la fin de 2022.
Le point sur les enjeux.
Les débuts
Elon Musk, Sam Altman et neuf autres personnes ont cofondé OpenAI en 2015, avec des statuts d’organisation à but non lucratif, dans le but affiché d’œuvrer pour le bien de l’humanité grâce à des programmes d’IA en open source (code source ouvert).
Mais le patron de Tesla, qui avait investi 45 millions de dollars, a quitté OpenAI en 2018 et est devenu l’un de ses critiques les plus virulents, surtout après le succès de ChatGPT.
Premières actions judiciaires
En mars 2024, devenu l’homme le plus riche au monde et propriétaire d’une start-up concurrente, xAI, il porte plainte contre l’organisation, accusant notamment Sam Altman de «trahison» des principes fondateurs.
En réponse, la direction d’OpenAI dégaine des échanges d’avant 2018, montrant qu’Elon Musk ne s’était pas opposé à la transformation de l’organisation, qui avait besoin de fonds plus importants pour parvenir à l’IA «générale» (aussi intelligente que les humains). L’homme d’affaires avait même proposé de fusionner OpenAI avec Tesla, qui aurait été sa «vache à lait». Face au refus de l’équipe, il avait décidé de partir.
À l’été 2024, Elon Musk a ouvert un nouveau front judiciaire, pour empêcher l’organisation de devenir une société à but lucratif.
Une entreprise tiraillée
OpenAI est tiraillée entre ses origines idéalistes contre la domination de Google et ses ambitions qui nécessitent d’immenses capitaux pour acheter des puces de pointe et embaucher les meilleurs ingénieurs.
L’organisation a reçu près de 14 milliards de dollars de Microsoft. Et elle est actuellement en pourparlers pour lever jusqu’à 40 milliards de dollars, dans le cadre d’un tour de table qui la valoriserait à 340 milliards de dollars, d’après le «Wall Street Journal».
Elle est loin de dégager des profits, mais elle commercialise des abonnements payants à ses modèles les plus avancés, pour les sociétés et les particuliers. En d’autres termes, elle a tout d’une start-up en pleine expansion, sauf le statut officiel.
Capacité de nuisance
Sa transition requiert l’approbation de plusieurs autorités. Les juges devront décider combien vaut la branche à but non lucratif d’OpenAI, qui deviendra un des actionnaires de l’entreprise. Si ce montant est élevé, la part des investisseurs existants sera diluée, au risque de décourager d’autres partenaires potentiels.
Or le consortium mené par Elon Musk a mis 97,4 milliards de dollars sur la table lundi – environ 30 milliards de plus que sa valeur actuelle, selon «The Information», un site spécialisé.
Les analystes estiment donc que l’homme d’affaires ne cherche pas à acheter OpenAI. «Il s’agit d’une tentative de Musk de nuire à la conversion d’OpenAI afin de la ralentir […] et d’accélérer sa propre progression dans l’IA», a ainsi déclaré Lutz Finger, spécialiste de l’IA.
Quand la politique s’en mêle
Outre ses responsabilités à la tête de plusieurs grandes entreprises, Elon Musk est devenu le bras droit du président Donald Trump. Et il semble n’avoir pas du tout apprécié l’annonce, depuis la Maison-Blanche le mois dernier, de Stargate, qui vise à déployer au total 500 milliards de dollars sur quatre ans en investissements dans les infrastructures d’IA aux États-Unis.
Le milliardaire a aussitôt déclaré sur son réseau social X que les participants (dont OpenAI) «n’ont pas l’argent» nécessaire pour le financer, une affirmation démentie par Sam Altman.
Le patron d’OpenAI n’hésite plus à suggérer que les actions de son ex-associé viennent de son regret d’être parti, d’autant plus que xAI peine à décoller. «Je crois que toute sa vie s’explique par un manque de confiance», a affirmé Sam Altman à Bloomberg TV mardi. «Il me fait de la peine.»


























