La récente annonce de la fermeture prochaine des bases militaires étrangères au Sénégal et en Côte d’Ivoire marque une rupture majeure dans les relations entre la France et ses anciennes colonies africaines. Ce mouvement, amorcé par le retrait de la présence militaire française au Mali, au Burkina Faso, au Niger et au Tchad, illustre une dynamique de réappropriation souveraine par les États africains. Mais quelles sont les répercussions pour la France ?
Selon afriquinfos.com, la présence militaire française, établie dans l’après-guerre d’indépendance pour « sécuriser les régimes fragiles » et appuyer des interventions extérieures, subit un déclin progressif. Comme le rappelle Thierry Vircoulon, cette présence était autrefois essentielle pour des opérations comme Licorne en Côte d’Ivoire ou encore Barkhane dans le Sahel. Ces bases représentaient un avantage stratégique, facilitant la projection de forces et l’évacuation de ressortissants, comme ce fut le cas durant l’opération Sagittaire en 2023. La perte de ces points d’appui rendra dorénavant toute intervention militaire française extrêmement complexe.
Cependant, cette fermeture s’inscrit dans un contexte où l’utilité stratégique de ces bases est largement questionnée. « À l’heure où les menaces majeures contre la France proviennent d’Europe de l’Est ou du Moyen-Orient, le dispositif militaire prépositionné en Afrique n’a plus la même pertinence qu’autrefois », souligne un expert cité par notre confrère . De surcroît, ces bases incarnent pour beaucoup une persistance du pacte néocolonial, un symbole que plusieurs États africains veulent désormais rejeter.
L’impact de ces fermetures dépasse largement la sphère militaire. Comme le rappelle afriquinfos.com, l’influence politique et diplomatique française en Afrique repose en partie sur sa capacité à intervenir dans les crises locales. En renonçant à cette capacité, la France perd un levier crucial, alors que nombre de pays africains cherchent désormais de nouveaux partenaires, notamment parmi les puissances émergentes comme la Chine et la Russie. Cela se traduit également par un affaiblissement de son rôle au sein des instances internationales, où elle faisait autrefois figure d’experte en matière de crises africaines.
Par ailleurs, cette reconfiguration des relations franco-africaines illustre une décorrélation croissante entre les intérêts économiques et militaires. En 2023, l’Afrique ne représentait que 1,9 % du commerce extérieur français. Ses principaux partenaires commerciaux, comme le Nigeria et l’Afrique du Sud, ne sont pas des terres d’accueil pour ses bases militaires. Une réalité qui démontre que l’économie ne dépend plus des schémas sécuritaires établis à l’époque coloniale.
Enfin, l’érosion de l’influence française en Afrique trouve un écho dans les critiques internationales. Des puissances européennes comme l’Allemagne ou l’Italie adoptent des positions divergentes sur la politique française, créant des tensions diplomatiques inédites. Cette perte de leadership, accentuée par des échecs de coopération dans des crises récentes, fragilise davantage la place de Paris sur la scène internationale.
En somme, la fermeture des bases militaires françaises en Afrique signe la fin d’une ère et le début d’une relation redéfinie, mais non sans incertitudes. La France, désormais dépourvue de ses relais militaires, devra repenser profondément sa stratégie en Afrique pour maintenir une influence autrefois considérée comme acquise.


























