Un tribunal turc a acquitté, ce mardi 17 décembre, l’unique accusé du meurtre de Jeannah « Dina » Danys Dinabongho Ibouanga, une étudiante gabonaise âgée de 17 ans. Le verdict, qui soulève une vague d’indignation, laisse de nombreuses questions sans réponse, renforçant les accusations d’une enquête bâclée.
« Un déni de justice accablant »
Malgré les requêtes du parquet, le tribunal de Karabük a innocenté Dursun A., 55 ans, des chefs d’accusation d’« assassinat » et d’« agression sexuelle ». La décision a plongé la famille de Dina dans la consternation. « Dina ne s’est pas donné la mort toute seule ! Elle a été assassinée », s’indigne son père, Guy Serge Ibounaga, cité par RFI . Cet acquittement intervient après une enquête attachée à des lacunes. Les avocats de la famille dénoncent une absence d’exploration des pistes liées à un réseau de prostitution présumé, un harcèlement documenté et des violences signalées.
Des faits troublants et négligés
La nuit de sa disparition, Dina avait été aperçue par des témoins, pieds nus, fuyant précipitamment son immeuble avant de monter dans le véhicule de Dursun A., dernier à l’avoir vue en vie. Quelques heures plus tard, son corps était retrouvé dans un ruisseau, non loin de l’université où elle étudiait le génie mécanique. Si une première autopsie évoquait une noyade « naturelle », des traces de violences sur son cou et ses reins ont suscité des doutes. « Une contre-expertise a pourtant confirmé ces blessures, mais la justice n’a pas jugé utile d’approfondir », regrette Me Gülyeter Aktepe, avocat des parents.
Un verdict aux implications sociétales
Pour la plateforme Les féministes pour Dina, cette affaire va bien au-delà de la seule famille de la victime : « Ce procès illustre les risques pour des milliers de migrantes vivant en Turquie. L’impunité des agresseurs est un signal inquiétant », alerte Me Aktepe. À Karabük, où réside une importante communauté africaine, l’affaire Dina révèle un climat de racisme et de harcèlement souvent exprimé mais rarement pris en compte par les autorités.
Malgré ce jugement, la famille entend faire appel, soutenue par des ONG féministes déterminées à obtenir justice. « Perdre notre unique enfant est insupportable, mais perdre l’espoir d’un procès équitable l’est encore plus », déclare la mère de Dina avec douleur.

























