Dans une tribune libre, Steeve Yondzi, le Président du cercle de réflexion Afrique Dignité, décrypte l’actualité internationale entre l’Ukraine et la Russie, puis entre le Mali et la France. Ainsi, il estime que la France de la 5e République se nourrit de coups d’état et n’a aucune leçon à donner au Mali. Lecture!
A la vérité, la virulence langagière des autorités françaises est subséquente, d’une part à la découverte de la duplicité et du machiavélisme politique français et à la signature des accords militaires avec la Russie par le gouvernement malien étranger aux circonvolutions de la France Afrique, d’autre part.
En effet, depuis neuf (9) ans que l’armée française est déployée au nord Mali, elle s’est plus intéressée à créer une ligne de démarcation entre les djihadistes et l’armée malienne. Cette partition du pays ayant pour but de nourrir les intérêts géostratégiques de la France ; ce que les autorités maliennes ont jugé inadmissible.
A ce sujet, le Premier ministre de la transition Choguel Maïga dans un entretien en octobre 2021 à la Radio nationale algérienne, a affirmé qu’il existait certaines zones dans le nord du pays qui sont interdites d’accès à l’armée malienne par la France, ce qui a créé un Etat à l’intérieur de l’État, rappelle l’expert, soulignant qu’il « avait dénoncé le plan de l’ex-Président français Nicolas Sarkozy (2007-2012), qui avait promis à des rebelles dans le nord malien de leur accorder un État indépendant.
Avec un territoire à la géologie fertile, les énormes richesses du sous-sol malien localisées au nord suscitent tant d’appétit dans un monde en pleine mutation. Analysant la géostratégie internationale, la France comme à son habitude voudrait, par cette partition du pays, jouir à un franc symbolique de ces richesses.
Conscient de tout cela, et voulant a tout prix libérer le territoire national, la junte va faire appel à la Russie ; ce qui n’est pas de bon augure pour la France et l’ensemble de l’occident néocolonialiste, d’où la multiplication des déclarations et l’inspiration des différentes mesures économiques drastiques prises par CEDAO. Toutes ces mesures économiques sont prises avec la complicité de certains chefs d’Etat de l’Afrique de l’ouest, véritables sous-préfets français.
La gesticulation française par organismes interposés et ses propos injurieux ont conduit les autorités maliennes à expulser, le 31 janvier 2022 Joël Meyer, Ambassadeur haut représentant de la France au Mali. Cet acte de grande portée diplomatique amplifie l’escalade et démontre à suffisance la volonté des nouvelles autorités maliennes à faire respecter la souveraineté du Mali.
Au total, l’attitude langagière de la France traduit deux situations tout à fait incongrues, inconvenantes :
La première est celle qui consiste à croire qu’elle est toujours à l’époque coloniale où elle peut disposer d’un territoire et vouloir des autorités qui s’y trouvent un comportement dicté par elle. La France n’a pas pris conscience de l’évolution du monde et des peuples. Elle ne comprend pas qu’elle a face à elle, aujourd’hui des dirigeants qui n’ont pas connu la colonisation et n’ont pas pris les gaulois comme étant leurs ancêtres. Ces nouveaux dirigeants africains veulent assumer pleinement la souveraineté de leur pays ; c’est ce que font Assimi Goïta et Choguel Kokala Maïga.
La deuxième est que la France oublie que ces institutions se sont dessinées sous le prisme des coups d’Etat et non par la démocratie. En réalité, le Premier ministre malien n’est pas le seul à être l’enfant d’un coup d’Etat, Macron aussi l’est puisque l’histoire des institutions desquelles il se sert est le fruit des coups de force.
La France, un pays nourrit aux coups d’Etat
Dans une production cinématographique devenue célèbre, Usual Suspect, Verbal Kint déclare : « le coup le plus rusé que le diable ait jamais réussi, ça été de faire croire à tout le monde qu’il n’existe pas. »
Cette déclaration de verbal Kint rime parfaitement avec le logiciel politique de la France. Prometteur des valeurs des droits de l’homme, de l’Etat de droit, de la souveraineté, de la liberté elle en fait un axe majeur de sa diplomatie à travers le monde.
A la vérité, tout ceci n’est que cosmétique et ne constitue qu’une façade, un tombeau blanchi à travers lequel elle fait croire, tel le diable de Verbal Kint qu’elle n’est ni raciste ni colonialiste encore moins responsable du sous-développement et la paupérisation de l’Afrique francophone. Pourtant, c’est cette France de la souveraineté, des droits de l’homme, de la liberté qui fomente des coups d’Etat dans ses anciennes colonies, organise des assassinats dans ses départements d’Outre-mer entretien des mercenaires dans le monde et manipule les élections en Afrique francophone.
On ne peut se draper des valeurs de liberté, de souveraineté et organiser des coups d’Etat dans d’autres territoires afin d’empêcher l’expression de la liberté et de la souveraineté ; cela est purement antinomique à l’image que l’on se donne et relève d’un fonctionnement bercé par une doctrine putschiste qui va de Napoléon Bonaparte à Charles de Gaulle. A ce propos, François Mitterrand parlait de la France en termes de « coup d’Etat permanent » ce qui était révélateur d’une vérité subliminale.
Le coup d’Etat de Napoléon
Le 18 Brumaire an VIII (8 novembre 1799), soit dix ans après l’instauration de la république suite à la Révolution, le général Bonaparte organise un coup d’Etat et prend le pouvoir en France. Il dénonce l’instabilité politique, la faillite de l’État et de la crise économique que le Directoire ne parvient pas à endiguer.
Pour consolider l’Etat, Napoléon va entreprendre la création et la réformes des institutions françaises :
le Conseil d’État ;
le préfet ;
la Banque de France ;
le Code civil ;
le lycée ;
la Légion d’honneur
Appelées « masses de granit », en référence à cette pierre très dure, ces institutions sont utilisées encore aujourd’hui par Emanuel Macron et son gouvernement.
Le coup d’Etat De gaulle
Le 1er septembre 1939, Hitler déclenche la seconde guerre mondiale en attaquant la Pologne. La France et la Grande Bretagne déclarent à leur tour la guerre à l’Allemagne. Mais moins d’un (1) après cette déclaration de guerre, la France sera vaincue et son gouvernement légitime et légal, dirigé par le Maréchal Pétain va se résoudre à signer l’armistice.
S’insurgeant contre son gouvernement, de Gaulle s’enfuit à Londres et monte une rébellion en toute illégalité en violation de la constitution. Il devient alors chef du gouvernement de la résistance jusqu’à la libération. Il assumera cette fonction de chef de gouvernement jusqu’en 1946 et fera juger Pétain.
Au cours de cette période d’illégalité constitutionnelle, de Gaulle va projeter les institutions françaises d’alors et concevoir la vision de gestion des colonies d’Afrique francophone.
C’est donc à partir de ces institutions conçues à l’issu d’un coup d’Etat que Macron gouverne la France. Il use, dans ses relations avec l’Afrique francophone, de la vision gaullienne bâtit à la conférence de Brazzaville en 1944. Cette vision entrevoyait des formes d’autonomies à l’intérieur de la communauté française en laissant à la métropole la compétence sur la monnaie, la défense, les affaires étrangères et le commerce. Par la confiscation de ces domaines de souveraineté, il est question de redonner à la France sa dimension d’antan, perdue au cours du dernier conflit mondiale en intégrant les territoires d’outre-mer au sein d’une Communauté de destin avec la France.
A cet effet, Fréderic Turpin écrit : ⁰55 Et ajoute : « Tout au long de la IVe République, le général de Gaulle et ses compagnons expriment une vision de la puissance française qui se fonde encore en partie sur l’empire….. de manière à le pérenniser car la République impériale française est conçue comme un organisme qui doit durer plusieurs générations. »
De cette analyse, il appert, tout comme le Mali, que les militaires français ont eu recours aux coups d’Etat pour redresser la mauvaise gouvernance qui a existé à un moment donné dans leur pays. Nous l’avons vu plus haut que Napoléon évoquait au soutien de son coup de force : l’instabilité politique, la faillite de l’État et de la crise économique que le Directoire ne parvient pas à endiguer. Charles quant à lui souligne la mauvaise gestion de la politique de défense nationale qui a conduit l’armée française à capituler devant l’armée allemande et entrainé l’occupation de la France.
Loin de faire l’apologie des coups de force par la grande muette, nous constatons que les militaires maliens n’ont fait que s’inspirer de Napoléon et de Gaulle. Car on ne peut pas dire que ce que ces deux généraux français ont souligné soient contraire de ce que Goïta et ses compagnons ont dénoncé.
Ainsi donc, Macron et son gouvernement n’ont pas de leçons à donner aux maliens ni en ce qui concerne le coup d’Etat ni en ce qui concerne la durée de la transition.
Steeve Yondzi, le Président du cercle de réflexion Afrique Dignité

























