Le numéro d’urgence « 14 88 » ne retentira plus. Depuis le 25 février, à 18 heures, les ambulances du Samu social gabonais ont cessé temporairement de répondre aux appels des plus vulnérables. Une décision annoncée avec regret par son coordonnateur, Wenceslas Yaba, qui invoque l’impossibilité de « garantir la qualité des soins », condition incontournable de l’éthique médicale et des conventions internationales.
Cette suspension, qualifiée de « momentanée », s’accompagne d’un inventaire complet des équipements et des capacités opérationnelles. Objectif : mesurer les ressources disponibles et redéfinir des priorités conformes aux standards internationaux. Mais derrière cette démarche administrative se cache une réalité dramatique : chaque jour, près de 2 500 malades consultaient les équipes du Samu social, 400 patients bénéficiaient de visites gratuites à domicile, des nouveau-nés étaient placés en couveuse, et des interventions vitales en réanimation ou en chirurgie ophtalmologique, notamment contre la cataracte, étaient assurées sans frais.
La fermeture temporaire de ce service, qui revendique le plus grand parc de couveuses gratuites du pays, laisse des milliers de bénéficiaires dans l’incertitude. Pour eux, le « 14 88 » n’était pas qu’un numéro : c’était une bouée de sauvetage. Désormais, les patients devront se tourner vers les structures hospitalières publiques, certes opérationnelles mais payantes, ce qui pose la question de l’accessibilité aux soins pour les plus démunis.
En toile de fond, le problème des moyens. « Ne jamais participer aux décès évitables demeure la raison d’être de la structure », rappelle Yaba, soulignant que certains patients sont maintenus en vie « aux forceps » depuis plusieurs mois. L’inventaire, réalisé deux fois par an, doit permettre de réajuster les objectifs et d’assurer, à terme, une continuité des services.
Cette suspension révèle les fragilités d’un système de santé où les initiatives sociales pallient les insuffisances publiques. Elle interroge aussi sur la pérennité des dispositifs d’urgence dans un pays où la demande de soins gratuits reste massive. En attendant, l’angoisse des bénéficiaires grandit : que deviendront ceux pour qui le Samu social était le dernier recours ?
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