La Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD), qui fêtera ses 30 ans en août 2025, s’apprête à franchir une étape décisive avec la neuvième édition (TICAD9). L’agence japonaise de coopération internationale (JICA) a organisé, les 24 et 25 juillet derniers, deux briefings mondiaux en ligne afin de présenter les grands axes de son action et sa vision stratégique pour l’avenir des relations Japon-Afrique.
Lancée en 1993 pour contrer le déclin de l’intérêt international pour l’Afrique après la fin de la Guerre froide, la TICAD s’est imposée comme un forum ouvert et inclusif, coorganisé par le Japon, l’Union africaine, l’ONU, le PNUD et la Banque mondiale. Ses principes fondateurs, appropriation par les pays africains et partenariat international – demeurent inchangés. Aujourd’hui, la TICAD ambitionne de passer d’une aide “pour l’Afrique” à une approche “avec l’Afrique”, plaçant les États africains au cœur de la conception et de la mise en œuvre des politiques de développement.
Lors des présentations, M. Toshiyuki Nakamura, ancien vice-président de la JICA, a insisté sur le caractère distinctif de l’action japonaise : coopération au développement et non aide unilatérale, partage d’expériences asiatiques et co-création avec les communautés locales.
La JICA articule son intervention autour de quatre axes prioritaires :
Gestion des conflits et reconstruction post-crise (ex. nord de l’Ouganda)
Sécurité alimentaire et adaptation climatique (riziculture durable au Zimbabwe, irrigation en Tanzanie)
Réduction de la pauvreté via la formation professionnelle (mécaniciens en RDC)
Promotion de la dignité humaine et égalité de genre (entrepreneuriat féminin en Éthiopie).
Cette approche dite de “sécurité humaine” vise à renforcer les capacités locales, mobiliser les ressources financières internes et bâtir des politiques endogènes pour un développement durable.
Parmi les projets phares, la JICA a présenté l’Initiative Africa Kaizen, méthode d’amélioration continue appliquée dans six pays africains, ayant permis une hausse moyenne de productivité de 50 % et une réduction de 60 % des délais de production.
La Coalition pour le développement du riz en Afrique (CARD), lancée en 2008, a déjà permis de doubler la production rizicole en 10 ans. Sa deuxième phase, en cours, ambitionne un nouveau doublement d’ici 2030, impliquant 32 pays africains.
Dans le domaine des infrastructures, la JICA soutient le Programme de développement des corridors en Afrique (PIDA), facilitant l’intégration économique régionale, avec des projets emblématiques tels que le Pont frontalier de Rusumo entre le Rwanda et la Tanzanie.
Sous le thème “Co-créer des solutions innovantes avec l’Afrique”, la TICAD9 mettra l’accent sur :
La formation de la jeunesse et la circulation des talents via le programme TOMONI Africa et le Japan-Africa Youth Camp.
L’innovation numérique et verte (DX/GX), incluant l’intelligence artificielle et les technologies spatiales.
La coopération économique régionale, soutenue par un protocole d’accord avec la ZLECAf pour faciliter le commerce, développer les chaînes de valeur et renforcer les capacités institutionnelles.
Des concours d’innovation (NINJA Project, Kosen Open Innovation Challenge) et des programmes d’échanges académiques viendront compléter ce dispositif, inspiré du modèle d’industrialisation et d’intégration de l’ASEAN.
La JICA a prévu plus de 150 événements de sensibilisation au Japon et en Afrique, une édition spéciale du magazine JICA sur l’Afrique, ainsi que 40 sessions thématiques durant la conférence (18–22 août 2025). Ces sessions, organisées en format hybride et traduites en trois langues (japonais, anglais, français), favoriseront la participation de l’ensemble des acteurs du développement.
Avant l’ouverture de la TICAD9, la JICA tiendra son dernier briefing média le 5 août 2025, offrant aux journalistes l’opportunité de poser leurs questions et d’approfondir la compréhension des enjeux stratégiques de cette conférence historique.
Avec la TICAD9, le Japon et l’Afrique s’engagent à renforcer un partenariat fondé sur la co-création, l’innovation et l’autonomisation des communautés, ouvrant la voie à une nouvelle ère de coopération Sud-Sud et Nord-Sud.







































