Dans le tumulte provoqué par la perquisition menée au domicile de l’homme d’affaires Hervé Patrick Opiangah (HPO), une défense pour le moins acrobatique tente aujourd’hui de s’imposer : ériger une simple quittance du Trésor public en bouclier juridique, comme si ce papier pouvait transfigurer l’irrégularité en vertu. Une pirouette argumentative qui ressemble davantage à une corde lancée au-dessus d’un gouffre qu’à un raisonnement de droit, et qui expose encore davantage le naufrage procédural attribué au procureur de la République, Bruno Obiang Mve.
Car une quittance, aussi officielle soit-elle, ne devient pas soudain la baguette magique capable de réécrire le Code pénal. Elle n’est ni un mandat, ni une ordonnance, ni un procès-verbal. Elle n’est qu’un reçu. Et un reçu ne fonde pas une procédure.
En droit, nul ne l’ignore : les biens saisis ne peuvent être déposés au Trésor qu’après une procédure régulière, contradictoire et scellée par un acte juridictionnel précis. Dans l’affaire HPO, rien de tout cela n’a précédé le dépôt controversé. Aucun jugement, aucun mandat, aucune décision préalable ne vient justifier la manœuvre. Ce vide résonne comme un tambour creux, et le silence obstiné du parquet en accentue l’écho.
Pourquoi ces biens, saisis le 20 novembre 2024, n’ont-ils été déposés au Trésor que le 3 décembre, après quatorze jours d’un séjour énigmatique dans l’ombre du parquet ? Où sont les scellés obligatoires ? Où est le procès-verbal dressé séance tenante ? Qui l’a signé ? Pourquoi n’a-t-il jamais été transmis au magistrat instructeur ? Autant de questions simples, implacables, auxquelles personne ne répond.
La magistrate instructrice elle-même confirme ce qui ressemble à un immense trou noir procédural. D’une plume ferme, elle affirme : « Les objets de la cause n’ont jamais été présentés devant nous ». Pas de scellés. Pas de PV. Rien, sinon la quittance du 3 décembre. Comment restituer ce que l’on n’a jamais vu ? La question claque comme un fouet.
Face à ces failles béantes, la défense improvisée du procureur Mve ressemble moins à une argumentation qu’à un rideau de fumée. Une tentative désespérée de cacher une forêt d’irrégularités derrière un simple reçu tamponné.
Mais la justice gabonaise mérite mieux que des artifices. Car dans un État de droit, nul document administratif ne blanchit une procédure noircissante d’illégalité. Et l’opinion publique, désormais attentive, ne se laisse plus distraire.











































