Depuis quatorze jours, le centre-ville de Libreville vit au rythme des coupures d’électricité en pleine journée. Ce phénomène bouleverse ainsi profondément le fonctionnement du cœur administratif et économique du pays. Ce qui relevait autrefois de l’exception est devenu une routine. Chaque matin, entre 9 h et 10 h, les quartiers stratégiques basculent dans l’obscurité. Cette situation persiste parfois jusqu’en fin d’après-midi. Une situation qui interroge, inquiète et exaspère.
Plateau administratif, Bord de mer, Glass, Charbonnages, Batterie IV, Louis… Les zones les plus vitales de la capitale sont frappées de plein fouet. Banques, assurances, opérateurs télécoms, ministères, sièges d’entreprises, restaurants et commerces : aucune activité n’échappe à la paralysie du centre-ville de Libreville.
« Nous perdons des journées entières de travail », déplore un gérant de restaurant du Bord de mer donc au centre-ville de Libreville. « Sans courant, impossible de conserver les produits, d’accueillir les clients ou même de maintenir le personnel motivé. »
Le contraste est saisissant. Le Gabon, pays producteur de pétrole et engagé dans des projets de modernisation urbaine, peine à alimenter son propre centre névralgique. Pour de nombreux Librevillois, ces délestages répétés ne sont plus perçus comme de simples incidents techniques, mais comme le symptôme d’un système énergétique fragilisé.
Les questions fusent : Comment une capitale peut-elle fonctionner sans électricité en pleine journée ? Comment attirer investisseurs et partenaires dans un quartier d’affaires instable ? Comment garantir la continuité des services publics dans ces conditions ?
Face à la colère croissante, la SEEG multiplie les communiqués évoquant une forte demande, des contraintes techniques ou des incidents sur les installations. Mais sur le terrain, les usagers dénoncent un manque de visibilité et des plannings de délestage changeants.
Pour les PME, la situation devient critique. Beaucoup ne disposent pas de groupes électrogènes performants, et le coût du carburant explose. « Nous payons deux fois : l’électricité et le carburant pour remplacer l’électricité », ironise un entrepreneur de Glass.
Les effets se font déjà sentir :
baisse de productivité, pertes commerciales, ralentissement administratif, dégradation des équipements, fragilisation du secteur numérique.
Dans un centre-ville comme ce de Libreville où résident aussi des familles aisées, l’exaspération est palpable. Si même ce quartier n’est plus épargné, qui le sera encore ?
Au-delà des coupures, c’est l’image du Gabon qui vacille. Voir le cœur économique du pays plongé dans le noir en pleine activité est devenu un symbole puissant celui d’infrastructures à bout de souffle.
Dans les rues du Bord de mer, une question revient avec insistance :
Si le centre-ville de Libreville n’a plus d’électricité, que reste-t-il du fonctionnement normal de la capitale ?


























