Dans son édition principale de ce dimanche 23 novembre 2025, alors qu’Emmanuel Macron foule le sol gabonais, Le Monde rapporte les confidences de Noureddin Bongo, exilé à Londres, décidé à « laver son honneur » face aux lourdes condamnations prononcées contre lui et sa mère par la Cour criminelle spéciale. Depuis une tour de verre dominant la capitale britannique, le fils d’Ali Bongo déroule une contre-attaque qu’il veut implacable, comme une « réplique nécessaire à une mascarade d’État ».
Chemise blanche et visage serein, Noureddin Bongo, 33 ans, tente de dompter un tumulte qui le poursuit depuis le putsch du 30 août 2023. Lui et sa mère Sylvia ont été condamnés à vingt ans de prison pour « détournements de fonds publics » et « association de malfaiteurs », assortis d’une amende astronomique de 3,35 milliards d’euros. Une sentence qu’il décrit comme « un décor de théâtre monté pour me briser ». Pendant que Paris observe un silence glacial, Emmanuel Macron doit brièvement rencontrer le général Brice Oligui Nguema, nouvel homme fort du Gabon. Un rendez-vous que Le Monde qualifie de « tête-à-tête diplomatique sous haute tension ».
Autour de Noureddin, plusieurs collaborateurs de la « Young Team » croupissent déjà en prison, condamnés à de lourdes peines. Au cœur du procès, une accusation centrale : l’usurpation de la signature d’Ali Bongo après son AVC de 2018 pour amasser une fortune estimée à 7,5 milliards d’euros. Mais le fils de l’ancien président réplique : « Aucune pièce comptable n’a été présentée, rien, absolument rien ». Il dénonce un récit « taillé au couteau » où il serait l’ennemi public numéro un.
Le renversement d’Ali Bongo a propulsé Brice Oligui Nguema au sommet du pouvoir, auréolé d’une image de libérateur d’un pays épuisé par un demi-siècle de règne familial. Mais pour Noureddin, cet homme était naguère un intime : « Il disait que j’étais son neveu préféré ». Puis le décor a basculé. Le soir du putsch, il est arrêté, « posé devant des valises qui n’étaient pas les miennes », menacé de violences contre ses proches, puis plongé dans « une cellule infestée de moustiques » où il ne reçoit « qu’un bol de riz et une sardine par jour ».
Viennent ensuite les récits de tortures : taser, simulacres d’exécution, coups de marteau. « On me faisait marcher comme un animal », dit-il, dressant un tableau sombre des sous-sols du Palais du Bord de mer. Selon lui, ces sévices visaient à lui faire signer « des cessions de propriétés » et divers documents compromettants. Pour étayer ses accusations, il exhibe des vidéos filmées clandestinement, montrant des militaires reconnaissant les tortures.
Formé à Eton, ancien coordinateur des affaires présidentielles, il rejette l’idée d’avoir contrôlé l’appareil d’État. « Mon rôle était limité », insiste-t-il, tandis que d’anciens hauts responsables accusent au contraire un duo mère-fils contrôlant les leviers du pouvoir. Noureddin affirme avoir été « naïf », regrettant d’avoir servi un père affaibli.
Libéré grâce à une médiation angolaise, il vit désormais à Londres. « Je ne retournerai pas au Gabon tant que le général Oligui y régnera », confie-t-il, évoquant la dépression de sa mère et la culpabilité de son père. Son patrimoine personnel aurait été vidé, mais pas les biens familiaux à l’étranger.
Pour l’instant, dit-il, « l’histoire n’est pas terminée ».











































