Mardi 8 juillet 2025, le cabinet de Maître Gisèle Eyue Bekale, avocate au barreau du Gabon et également inscrite au barreau de Paris, a été la cible d’une opération aussi inhabituelle qu’inquiétante. Des agents de la Direction générale des renseignements (DGR) se sont présentés entre 13h et 14h, sans mandat, sans convocation officielle, et surtout en l’absence du bâtonnier ou d’un représentant du Conseil de l’Ordre, pourtant requis par la loi gabonaise pour toute procédure visant un avocat dans l’exercice de ses fonctions.
Ces agents, en faction autour de son cabinet, attendaient que l’avocate en sorte pour l’interpeller. Elle ne cède pas à la pression. À 19h, une convocation est glissée sous la porte du cabinet, convoquant Maître Bekale pour le lendemain matin, à 8h. Une méthode pour le moins cavalière, qui ne respecte ni les délais légaux ni les formes de notification requises.
Le mercredi 9 juillet, nouvelle incohérence : une seconde convocation est déposée à 14h pour une audition… prévue à midi le même jour. Une absurdité procédurale, illustrant une dérive inquiétante du traitement réservé aux défenseurs des droits.
Mais pourquoi tant d’empressement ? Le motif : une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, captée dans le bureau d’une juge d’instruction, dans laquelle apparaît le client de Maître Bekale, Nouredin Bongo Valentin. Ce dernier a reconnu en être l’auteur, l’avoir filmée, conservée et diffusée, à l’insu de son avocate. Il l’a affirmé publiquement, lavant Maître Bekale de toute implication.
Et pourtant, le procureur de la République s’auto-saisit de l’affaire, invoquant l’article 288 du Code pénal relatif à l’atteinte à la vie privée. Une accusation difficilement compréhensible, d’autant que l’avocate figure à plusieurs mètres de la caméra. Comment peut-elle être à l’origine d’un enregistrement dans lequel elle apparaît en retrait ?
Ce mercredi soir, à 18h48, sept gendarmes étaient encore stationnés au pied de son cabinet. Une démonstration de force inédite contre une professionnelle du droit, dans une affaire où ni délit, ni crime n’ont été établis.
Ce traitement soulève une question fondamentale : le Gabon est-il encore un État de droit ? La justice peut-elle ainsi se muer en instrument de pression contre ceux qui défendent les causes sensibles ?
L’affaire Gisèle Eyue Bekale interpelle. Elle appelle à la vigilance collective et à la restauration de la primauté du droit sur l’arbitraire.
Avec la contribution de la journaliste Joëlle Ndong


























