La bataille judiciaire entre l’ancienne famille présidentielle gabonaise et les nouvelles autorités ressemble désormais à une partie d’échecs jouée sur plusieurs continents. Après avoir longtemps occupé les prétoires français, le duel se déploie aujourd’hui devant les instances internationales, donnant à ce feuilleton un relief mondial. Comme le rapporte Jeune Afrique, « le dossier Bongo est entré dans une phase où chaque coup vise l’opinion autant que le droit ».
La condamnation par contumace, en novembre, de Sylvia et Noureddin Bongo à vingt ans de réclusion criminelle assortis de 100 millions de F CFA d’amende n’a pas clos le chapitre, mais ouvert un nouveau tome. Aux accusations de « recel », « détournement de fonds publics », « blanchiment de capitaux » et « association de malfaiteurs », la famille répond par une ligne de défense offensive, dénonçant une « instrumentalisation de la justice » et un procès jugé inéquitable.
Selon des informations relayées par Jeune Afrique, la riposte s’est structurée fin 2025 autour de deux fronts. D’un côté, une plainte déposée devant le Comité des droits de l’homme du Haut-Commissariat des Nations unies à Genève ; de l’autre, une saisine de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, à Arusha. « Nous nous battons sur deux fronts : l’enlèvement suivi de séquestration et torture, et l’illégalité du procès », confie un proche du dossier.
Noureddin Bongo-Valentin affirme avoir subi, avec sa mère, des actes de torture et de mauvais traitements durant leur détention entre octobre 2023 et mai 2025, principalement dans les sous-sols du palais présidentiel. Ces accusations, martelées comme un refrain, nourrissent le discours d’une justice décrite comme « aux ordres ». L’avocat François Zimeray parle ainsi d’« une parodie de procès » et d’un coup d’État présenté comme une « libération » mais vécu comme une « trahison ».
La voie africaine, toutefois, reste juridiquement étroite. La Cour d’Arusha ne peut être saisie directement que si l’État concerné a accepté cette procédure spécifique. À l’inverse, le mécanisme onusien est plus accessible : « toute personne se déclarant victime d’une violation des droits garantis peut soumettre une plainte », prévoit la convention internationale, rappelée par Jeune Afrique.
Face à ces accusations, la présidence gabonaise oppose un « démenti ferme et étayé ». Interrogée par Jeune Afrique, elle affirme qu’« aucune preuve conforme aux standards onusiens n’a été produite », rejetant les allégations de torture et de détention arbitraire. Les autorités insistent sur le respect des garanties procédurales : assistance d’avocats, contrôle du juge, possibilité de recours.
Concernant Ali Bongo Ondimba, Libreville soutient que sa résidence surveillée n’a jamais constitué une privation arbitraire de droits. Mais la famille refuse le silence imposé lors de son départ du Gabon en mai 2025. « Nous ne nous tairons pas », proclamaient Sylvia et Noureddin dans un communiqué, tandis que la famille trouvait refuge à Londres.
La diffusion de vidéos clandestines par Noureddin Bongo-Valentin Bongo visait à accréditer l’idée d’une justice inféodée au pouvoir. Libreville rétorque que « les mécanismes internationaux ne sauraient être instrumentalisés ». Entre accusations et contre-feux, la confrontation s’annonce longue. Dans cette guerre des récits et des normes, aucun cessez-le-feu n’est en vue.

























