Libreville, le 22 fevrier 2026- À l’échangeur de Nzeng-Ayong, juste avant la station Engen, un bâtiment récemment érigé cristallise la colère et l’incompréhension. Implanté sur ce qui était, selon plusieurs riverains, un passage naturel d’écoulement des eaux pluviales, l’immeuble a profondément modifié la circulation hydraulique du site. Depuis, à chaque pluie, l’eau stagne sur la chaussée, transforme la route en mare temporaire et accélère la dégradation de l’infrastructure.
Ce n’est pas un simple désagrément. C’est un dysfonctionnement urbain grave.
Construire sur un couloir d’écoulement, c’est ignorer un principe élémentaire d’aménagement : la ville ne se bâtit pas contre la nature, mais avec elle. L’eau ne négocie pas. Elle contourne, s’accumule, détruit. L’asphalte fissuré, les nids-de-poule naissants, les flaques persistantes sont les symptômes visibles d’une faute initiale.
Selon des informations concordantes, le promoteur serait de nationalité libanaise. Mais le débat ne saurait se réduire à une question d’origine. En République, la règle est simple : nul n’est au-dessus de la loi. National ou étranger, tout constructeur est tenu de respecter les normes d’urbanisme, les servitudes hydrauliques et les procédures administratives en vigueur.
Dès lors, le silence institutionnel interroge.
Un permis de construire a-t-il été délivré ?
Ce permis intégrait-il une étude d’impact environnemental sérieuse ?
Les services techniques ont-ils validé l’implantation sur un passage d’eau ?
Des inspections ont-elles été menées en cours de chantier ?
Si irrégularité il y a, pourquoi les travaux n’ont-ils pas été suspendus ?
Si tout est légal, alors c’est la compétence technique qui est en cause. Si tout ne l’est pas, c’est la crédibilité de l’autorité publique qui vacille.
Car enfin, comment comprendre qu’un bâtiment puisse sortir de terre à un point aussi stratégique, sur un axe aussi fréquenté, sans que l’impact sur la voirie et le drainage ne soit anticipé ? L’échangeur de Nzeng-Ayong n’est pas un terrain isolé en périphérie. C’est un carrefour structurant de la capitale. Chaque erreur d’aménagement y a un effet multiplicateur.
Au-delà du cas particulier, c’est la gouvernance urbaine qui est mise à l’épreuve. L’État est le garant de l’intérêt général. Il doit protéger les infrastructures publiques, prévenir les risques et faire respecter les règles avec la même rigueur pour tous. Laisser prospérer une construction qui compromet la circulation des eaux revient à accepter que l’intérêt privé prime sur la sécurité collective.
Une route dégradée, ce sont des millions supplémentaires en réhabilitation. Une zone inondée, ce sont des accidents potentiels. Une administration silencieuse, c’est une confiance qui s’effrite.
La ville ne peut pas devenir un espace où le plus audacieux impose sa volonté au mépris des contraintes naturelles. L’urbanisme n’est pas une aventure individuelle ; c’est une responsabilité partagée.
À Lambaréné, on dit : « Celui qui bouche le ruisseau prépare la crue qui l’emportera. »












































