Au Mali, la plume a de nouveau croisé le fer avec le pouvoir. Youssouf Sissoko, directeur de publication du journal L’Alternance, a été interpellé le jeudi 5 février 2026 à Bamako avant d’être placé sous mandat de dépôt. En cause : un article jugé sévère à l’encontre du général Abdourahamane Tiani, chef du régime militaire nigérien.
Dans sa tribune, le journaliste s’en prenait frontalement aux accusations formulées par le dirigeant nigérien, qui avait pointé du doigt la France, la Côte d’Ivoire et le Bénin après l’attaque contre l’aéroport de Niamey, revendiquée par le groupe État islamique. Pour Youssouf Sissoko, ces déclarations relevaient davantage du brouillard politique que de la preuve établie. Il décrivait le Niger comme un « laboratoire d’expérimentation politique toxique », image forte d’un pays devenu, selon lui, un terrain d’essais aux conséquences incertaines.
Cette prise de position n’est pas restée sans écho judiciaire. Selon l’Association de la presse privée (APP), le journaliste est poursuivi pour diffusion de fausses informations, atteinte au crédit de l’État et offense envers un chef d’État étranger. Présenté devant le procureur du pôle national de lutte contre la cybercriminalité, il a été incarcéré à la maison centrale d’arrêt de Bamako. Son procès est programmé pour le 9 mars 2026.
Face à cette situation, l’APP a tiré la sonnette d’alarme, exprimant sa « profonde préoccupation » et réclamant la libération immédiate de Youssouf Sissoko en attendant son jugement. Pour l’organisation, cette affaire illustre les nuages persistants qui assombrissent le ciel de la liberté de la presse au Mali.
Ce dossier s’inscrit dans un contexte régional sous haute tension. Le Mali, le Niger et le Burkina Faso, tous dirigés par des régimes militaires issus de coups d’État entre 2020 et 2023, ont scellé leur rapprochement au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Une confédération stratégique qui symbolise leur virage diplomatique vers la Russie et leur éloignement progressif de partenaires occidentaux, sur fond de crispations politiques et de voix médiatiques de plus en plus surveillées.












































