Pendant une décennie, le Gabon a multiplié les emprunts extérieurs, notamment auprès de la Banque africaine de développement (BAD). Plus de 1 600 milliards de fcfa ont été mobilisés pour financer des réformes, des routes, l’accès à l’eau potable et la modernisation des infrastructures. Pourtant, sur le terrain, les populations cherchent encore les bénéfices de ces engagements massifs. Ce décalage persistant entre les montants contractés et les résultats visibles est devenu l’un des symboles les plus marquants d’un modèle de gouvernance que la 5ᵉ République affirme vouloir dépasser.
Entre 2017 et 2019, les approbations de la BAD se sont succédé : 200 millions d’euros pour le PAREF, 100 millions additionnels pour le PAREF III, 140 millions pour la première phase du PASIG, près de 97 millions d’unités de compte pour l’eau potable à Libreville.
Sur le papier, ces programmes devaient transformer le pays. Dans les faits, ils ont surtout mis en lumière les limites d’un système où l’endettement progresse plus vite que les chantiers.
La mission de haut niveau de la BAD, en mars 2026, a confirmé ce que les citoyens constatent depuis longtemps.
La route Ndendé Doussala, censée être un axe stratégique, n’affichait que 27 % d’avancement alors que 62 % du délai contractuel était déjà consommé. La BAD a qualifié la situation de « préoccupante », appelant à une réorganisation immédiate.
Ce chantier n’est pas un cas isolé. Il illustre un problème structurel : les financements arrivent, mais l’exécution ne suit pas.
Résultat : infrastructures inachevées, services publics fragiles, accès à l’eau irrégulier, retards chroniques dans les projets.
Les prêts sont bien réels, les décaissements aussi. Mais les retombées concrètes restent faibles.
Pour les ménages, la promesse de transformation économique demeure abstraite.
Pour l’État, en revanche, la charge de la dette est tangible et durable.
Ce paradoxe nourrit les critiques sur un modèle où l’endettement a longtemps été présenté comme une solution, alors qu’il s’est souvent traduit par des résultats insuffisants.
Selon de nombreux analystes, l’ancien système reposait sur une logique d’annonces et d’engagements financiers sans mécanismes d’exécution suffisamment robustes.
La conséquence est connue : projets retardés, chantiers partiellement livrés, confiance publique érodée.
La 5ᵉ République, dans son discours de rupture, met en avant la nécessité d’un changement profond : fin de la dette sans impact, fin des projets fantômes, fin des financements sans résultats visibles.
Le Gabon se trouve désormais à un moment charnière.
Les partenaires financiers attendent des garanties.
Les citoyens attendent des preuves.
Et le pays ne peut plus se permettre de répéter les erreurs d’un modèle où les milliards s’accumulent sans transformer la vie quotidienne.
La nouvelle norme annoncée repose sur trois piliers : résultats mesurables, gouvernance rigoureuse, transparence totale dans l’utilisation des fonds publics.
L’histoire des financements BAD au Gabon rappelle une réalité simple : l’argent ne suffit pas à développer un pays.
Ce qui compte, ce sont les routes livrées, l’eau qui coule, les infrastructures qui fonctionnent, les projets qui aboutissent.
La 5ᵉ République affirme vouloir rompre avec une époque où l’endettement était une fin en soi.
Le véritable test sera désormais visible sur le terrain, là où les Gabonais attendent depuis trop longtemps les résultats promis.


























