La suspension brutale des réseaux sociaux au Gabon n’est plus un simple acte administratif : elle s’apparente désormais à une démonstration de force méprisante envers les principes élémentaires de la liberté d’expression. Mercredi soir, sur le plateau du Journal Afrique de TV5Monde, la porte-parole adjointe de la présidence, Jennyfer Melody Sambat, a levé le voile sur une réalité troublante, dans un ton habillé d’une arrogance déconcertante, confirmant que cette coupure relève davantage d’un bras de fer politique que d’une urgence sécuritaire entre Libreville et le géant américain Meta.
Sous couvert de « cohésion sociale », l’exécutif gabonais a choisi la méthode forte : priver tout un peuple de ses canaux d’expression pour contraindre le groupe Meta, maison mère de Facebook, WhatsApp et Instagram, à plier. Une stratégie qui rappelle moins l’arbitrage d’un État responsable que le claquement sec d’une porte autoritaire. La Haute autorité de la communication, censée incarner l’équilibre et l’indépendance, apparaît dès lors comme un simple paravent institutionnel, instrumentalisé pour donner un vernis légal à une censure assumée.
En reconnaissant publiquement que la suspension vise à provoquer une réaction de l’empire de Mark Zuckerberg, le géant Meta, la présidence a confirmé ce que beaucoup redoutaient : le citoyen gabonais est devenu la variable d’ajustement d’un duel diplomatique et numérique. Pis encore, la mesure a été étendue à TikTok, élargissant le champ de la sanction collective, comme si l’espace numérique devait être rasé pour corriger quelques voix dissidentes.
Le discours officiel, truffé d’arguments moralisateurs sur les « mœurs » et les « us et coutumes », sonne comme une rhétorique commode pour masquer une volonté de contrôle de Libreville face à la politique de Meta. Derrière ces mots feutrés se cache une réalité plus rugueuse : celle d’un pouvoir qui confond régulation et répression, vigilance et bâillonnement. La liberté d’expression, pilier démocratique, se retrouve ainsi enfermée dans un étau, étranglée au nom d’une stabilité proclamée mais jamais démontrée.
Le plus glaçant demeure sans doute le ton employé pour répondre aux conséquences sociales et économiques de cette décision. de suspendre les réseaux sociaux du géant Meta « Les Gabonais vont attendre », a-t-on martelé, comme si l’attente devenait une vertu civique imposée. Des milliers de jeunes entrepreneurs, de créateurs de contenus et de médias numériques voient pourtant leurs activités asphyxiées, sacrifiées sur l’autel d’une négociation opaque de Libreville avec le géant Meta.
En assumant cette suspension et en minimisant ses dégâts, la présidence révèle un mépris inquiétant pour l’économie numérique et pour la parole citoyenne. Le Gabon entre ainsi dans une zone grise, où le silence est érigé en politique publique et où la liberté d’expression, pourtant garantie, vacille sous le poids d’un autoritarisme numérique décomplexé.



















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